La référence des professionnels
des communications et du design

Entrevue avec Joe La Pompe: s'inspirer sans copier

Cliquez ici pour voir toutes les photos

Masqué pour démasquer les copieurs, Joe La Pompe se donne aussi la mission d'inspirer les créatifs, comme en témoigne son second livre, 100 Visual Ideas, 1000 Great Ads; le voici en entrevue.  

Après Nouveau?, un premier ouvrage consacré au plagiat, l'auteur change son fusil d'épaule avec son second volume. Comme le suggère le titre, il y présente 100 idées visuelles et sujets récurrents de la publicité par une sélection de 1000 pubs du monde entier.

Qu'est-ce qui vous a poussé à écrire ce livre, et pourquoi avoir choisi ce sujet?
Lors de la publication de mon premier volume, que je voulais lancer comme un véritable pavé dans la mare, on m'a accusé de n'être que dans la polémique, la critique; bref d'avoir une vision trop pessimiste du métier de créatif et de son avenir. Je voulais montrer que ma démarche est avant tout celle d'un amoureux de la pub, puis proposer cette fois quelque chose de positif et d'instructif. Donc, j'ai cherché à partager mon immense collection de pubs sous une forme nouvelle, et idéalement jamais vue (en livre du moins). Cet ouvrage constitue, selon moi, l'outil qui manquait aux créatifs pour muscler leur culture publicitaire en se divertissant.

D'ailleurs, vous êtes surtout connu pour exposer le plagiat. N'est-ce pas ironique d'avoir opté pour un livre d'inspiration?
C'est plutôt une démarche logique. Je veux inspirer les créatifs, les inviter à se dépasser et à se renouveler. On m'a souvent laissé entendre qu'il peut être difficile de s'assurer de l'originalité de ses créations, ou encore d'innover alors que tous les symboles connus semblent avoir été détournés. Eh bien, en sachant ce qui s'est fait dans le monde, on part déjà mieux outillé. Mon livre montre d'ailleurs qu'on peut réutiliser sans fin les mêmes symboles et références sans recycler ou plagier les idées! C'est une leçon d'optimisme. Il y a une immense variété de possibilités créatives à partir d'une seule référence visuelle.

Selon vous, comment peut-on tracer la ligne entre l'inspiration et l'idée copiée?
Dans la pub, il n'est pas interdit de s'inspirer de ce qui existe, d'extraire des idées de films, d'internet, d'oeuvres d'art, de clips. C'est même une façon très commune et naturelle de procéder. Mais ce qui fait réellement la différence avec le plagiat, c'est ce qu'on va apporter comme valeur ajoutée, la façon de s'y prendre pour recycler, torturer et renouveler ces idées. Il faut les mener à un autre niveau, les mettre dans un contexte inattendu et leur faire dire des choses différentes. Une idée «copiée» ne génère rien de nouveau, elle est reprise telle quelle et se contente de décalquer. On la reconnaît assez facilement, elle n'est d'aucun intérêt et nuit à l'image du métier.

À ceux qui clament que tout a déjà été fait en pub, qu'avez-vous à dire?
Malgré les mauvaises pubs, celles qui radotent, recyclent des vieilles recettes et celles «pompées» chaque année, des milliers de campagnes nous étonnent encore, sont primées dans des festivals et ne finissent jamais sur mon site! De plus, les nouveaux médias décuplent les possibilités d'expressions créatives et renouvellent les approches. Je ne suis donc pas du tout pessimiste pour l'avenir.

En 2013, l'industrie de la pub est-elle en bonne santé?
En dépit des contraintes causées par la crise européenne, les peurs des annonceurs, la prise de parole permanente des consommateurs et malgré le fait que des millions d'idées ont déjà été trouvées, je suis positivement surpris par la vitalité et la diversité de l'industrie.

Que pensez-vous de ce qui se fait au Québec?
Je suis souvent surpris par la vitalité et la fraîcheur de votre production créative. Il est quand même assez rare, même si ça arrive, que je pointe du doigt des plagiats venus du Québec. De belles agences, comme Lg2, Sid Lee, Cossette et Bleublancrouge, se font fréquemment remarquer et ce sont des organisations pour lesquelles j'aurais bien aimé travailler.

Si vous aviez un message à passer aux publicitaires, quel serait-il?
Ne croyez pas qu'une idée est originale uniquement parce qu'elle sort de votre tête. D'autres ont pu avoir la même bien avant. Ce n'est pas une perte de temps que de vérifier! N'hésitez pas à faire appel à moi au besoin.

Pour vous, de la bonne création, qu'est-ce c'est?
C'est une création originale, ça va de soi, qui nous frappe par sa nouveauté. Une idée dont on se dit «comment est-ce possible que personne ne l'ait eue auparavant?», ou alors «pourquoi personne ne l'avait fait comme ça?». Elle doit aussi être une idée juste, claire, pertinente et forte, qui nous marque, nous fait réfléchir, nous émeut et qu'on se remémorera dans 10 ans.
Je regrette un peu la simplicité des anciens médias (affichage, télé, etc.). Je trouve que le numérique a apporté beaucoup en matière de richesse des contenus et par rapport à de nouvelles possibilités interactives et immersives. Mais au même moment, on a aussi perdu en simplicité et en rapidité. On n'a pas nécessairement envie de perdre des heures devant une pub, d'attendre qu'elle se télécharge, d'avoir à s'inscrire ou à jouer pour en prendre connaissance, aussi bien faite soit-elle! On doit pouvoir comprendre une bonne idée en quelques secondes.

Enfin, pourquoi acheter votre livre?
Parce qu'il est à la fois utile et agréable à feuilleter. C'est une source d'inspiration, le résultat d'un lent travail passionné de collection et de sélection. Et on aime posséder des livres. Dans un monde où tout se numérise à grande vitesse, ça fait du bien de toucher du papier et de prendre son temps pour contempler un bel objet, sans cliquer, sans «liker» et sans zapper.

Retrouvez cette entrevue dans la plus récente édition du magazine Infopresse, actuellement en kiosque et offerte en édition tablette.

comments powered by Disqus