La référence des professionnels
des communications et du design

Génération Y: passer à l'ère de l'information personnalisée

La génération Y préfère les nouvelles personnalisées, auxquelles elle peut s'identifier.
Jean-Pascal Mathieu, directeur de l'innovation de Nurun et directeur de Nurun Lab.

Chaque mois, Jean-Pascal Mathieu, directeur de l'innovation de Nurun et directeur de Nurun Lab, partage une de ses trouvailles; aujourd'hui, il présente les conclusions d'un atelier mené auprès de membres de la génération Y à propos de leur consommation des nouvelles.

Ayant eu l'occasion d'animer un atelier de travail sur l'avenir de la consommation de nouvelles, axé sur des interviews de terrain, j'ai vu se confirmer l'évolution profonde de ce que la génération dite Y (en gros les 15-30 ans) appelle une «nouvelle».

Plusieurs constats pourraient donner des idées:

1. À l'ère numérique, tout passe par le même tuyau, qu'il est devenu ridicule d'appeler un «média». Si internet est un média, le papier journal en est un. Internet est une multitude de médias, historiques, écrits, parlés, vidéo, sociaux, mobiles, ou n'importe quelle combinaison de cette liste.

2. Si ce n'est pas un média, la proximité des sources sur le même vecteur de transmission a changé la définition de ce qu'est une nouvelle. On passe instantanément du site d'un journal à celui de Facebook, les tweets arrivent sur son téléphone en même temps qu'on regarde la télé. Une nouvelle est donc devenue une microactualisation d'un événement public ou personnel, sans distinction. «Pierre a actualisé son profil» cohabite avec «Le nouveau pape a été élu».

3. L'accès aux nouvelles se fait par bribes, presque par hasard, sans forcément de connaissance du contexte ni de réflexe de le rechercher. Tout est flux, si un bout important de l'histoire m'échappe parce que je n'ai pas consulté une de mes sources pendant quelques jours, tant pis pour moi.

4. L'information (au sens large) reste une monnaie sociale, et sert aussi à exister dans un groupe (famille, amis, collègues). Il est plus valorisant d'être celui dont on apprend les nouvelles que celui au courant de rien.

Au lieu de désespérer les tenants de la presse traditionnelle, dont on connaît la difficulté économique face à internet, on peut voir de nombreuses possibilités dans cette situation. Une a déjà été saisie par Summly, fameuse application inventée par un Anglais de 15 ans qui consiste à réduire automatiquement les nouvelles à la taille de tweets. Yahoo vient d'acheter cette application pour plusieurs dizaines de millions de dollars.

Voici d'autres pistes à creuser, mises en lumière lors de notre atelier:

1. Au même titre que l'application Mint apprend de mes dépenses et me donne des conseils financiers de plus en plus pertinents avec le temps, les producteurs de nouvelles que je consulte sur le web pourraient apprendre de moi à partir de la réalité de ma consommation. Je suis un assidu des comptes rendus de la commission Charbonneau? Cela fait de moi un expert du sujet, alors pourquoi ne pas mettre de l'avant des articles d'analyse plus poussés? Alors que si c'est la première fois que je consulte un article sur ladite commission, l'on me proposera plutôt un résumé des séances précédentes, une belle histoire pas trop longue, mais haletante, pour me donner envie de commencer à suivre le feuilleton.

2. Le numérique permet de connaître des éléments de contexte personnel qui devraient contribuer à la pertinence des nouvelles qui me sont proposées. Je suis en vacances en Floride? Si «mon» journal local ressemble à celui des gens qui habitent sur place, il ne sera pas susceptible de m'intéresser au-delà de l'horaire du cinéma de la ville. Par contre, s'il m'informe sur qui est qui, qui est contre qui, quelles sont les grandes histoires du moment, les petits scandales et les grands projets, je serai ravi de m'imprégner de culture locale, donc d'engranger de la monnaie sociale à utiliser sur place. Vous voulez intéresser un étranger aux performances des Canadiens de Montréal? Commencez par lui expliquer les règles du hockey, les officielles et les implicites...

3. Il faut encourager la curation de nouvelles, même son enrichissement. Des outils qui m'aideraient à développer une histoire, d'actualité ou personnelle, à ma façon, pour la partager dans mes cercles, pourraient remporter un certain succès. Après tout, la couverture de la commission Charbonneau par mon ami Pierre que je sais passionné du sujet, aidé par un média qui fournirait des outils et de l'information exclusive, en vaudrait bien une autre.

C'est une tarte à la crème de dire que le monde des nouvelles est en mutation. Mais on commence à deviner des pistes de solutions. Et comme pour la musique, et contrairement aux idées reçues, la génération Y est sans doute plus prête à payer pour lire des nouvelles qu'on ne l'imagine. Mais pas celles uniformisées et gratuites partout. Celles qui leur correspondent vraiment, par le sujet, le format et le contexte, rendues possibles par le bon emploi de la technologie.

comments powered by Disqus