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Faut-il avoir peur des lunettes Google Glass?

Cliquez ici pour découvrir les lunettes Google Glasses.
Jean-Pascla Mathieu, directeur de l'innovation de Nurun et directeur de Nurun Lab.

Chaque mois, Jean-Pascal Mathieu, directeur de l'innovation de Nurun et directeur de Nurun Lab, partage une de ses trouvailles; aujourd'hui, il s'intéresse aux lunettes Google Glass.

Avec un concours d'idées d'utilisation mené sur Twitter et Google+, Google a franchi un pas de plus vers le lancement de ses lunettes-caméra-ordinateur. De la recherche avancée aux prototypes et, enfin, à ce prélancement, Google n'a rien caché de ce projet depuis son origine (ou plus exactement a distillé une communication bien maîtrisée).

Cela n'est pas un hasard: il s'agit d'accompagner pas à pas la gestation du petit dernier qui promet de faire beaucoup parler de lui.

Évoquez le sujet autour de vous (si vous n'en avez jamais entendu parler, regardez ce film) et vous découvrirez que c'est une nouvelle technologie des plus clivantes. La moitié de vos interlocuteurs trouvera que ces lunettes sont l'objet le plus «cool» inventé depuis la télévision, mais l'autre moitié vous expliquera que les Google Glass sont à porter au crédit de Méphistophélès en personne. Pour les uns, l'idée de réalité augmentée passe à la vitesse supérieure et nous procure une vie meilleure. Pour les autres, George Orwell n'a pas prévu la moitié de ce qui nous attend lorsque nous aurons livré nos âmes à Google. Ce clivage est perceptible dans les tweets du concours de Google, lancé avec le hashtag #ifihadglasses, moitié sérieux, moitié «bashtag», et dans les articles de presse. Êtes-vous de l'avis de Fabien Soyez, qui compare les lunettes à «des mouchards à chaque coin de rue» (sur CNET) ou plutôt de celui de Sébastien Capella, qui attend impatiemment les siennes, heureux de les voir faire passer «la science-fiction à la réalité» sur (Le Plus)?

D'un point de vue anthropologique, les questions suscitées pas les Google Glass seront très concrètes. Quelle étiquette d'utilisation adopter? A-t-on le droit de filmer quelqu'un à son insu? De récupérer de l'information sur lui sans son consentement? Sera-t-il correct de demander à quelqu'un d'enlever ses lunettes? Ou, au contraire, faudra-t-il demander l'autorisation de les mettre? La fracture entre pros et antis sera-t-elle générationnelle? Ou sociale? Y aura-t-il des emplois communément admis et d'autres communément exclus? Ces questions font écho à celles des débuts du téléphone cellulaire, à l'époque où voir des gens parler seuls dans la rue constituait une source d'amusement gêné.

Le véritable enjeu est celui de l'accélération des nouvelles technologies. Par essence, l'innovation technologique se veut une source de progrès. La violence ou l'extase qu'on exprime à propos de ces lunettes pourraient montrer que notre culture a de plus en plus de mal à interpréter et à digérer ce progrès pour lui donner un sens collectif. Le débat qui pointe est peut-être un enjeu de société bien plus profond qu'une querelle à propos du dernier gadget de Google. Il pourrait amener chacun à se prononcer sur sa vision de la société dans laquelle il veut vivre.

Quitte à assumer la schizophrénie de les vouloir tout en s'en méfiant.

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