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La meilleure des époques

Nicolas Langelier
L'auteur américain Steve Johnson parle de l'importance des "réseaux de pairs"

Dans la dernière édition d'Infopresse, Nicolas Langelier parle de progrès et encourage à regarder la vie du bon oeil, ne serait-ce qu'un moment.

Facile de sombrer dans le pessimisme, par les temps qui courent. Du réchauffement climatique aux politiciens qui tweetent après un peu trop de scotch, longue est la liste des fléaux actuels. Et avec l'économie mondiale qui ne s'améliore pas après quatre années de misère, ce n'est pas de sitôt que nous retrouverons la confiance en l'avenir qui nous permettait, il n'y a pas si longtemps, d'être convaincus que demain serait meilleur qu'aujourd'hui et que l'Histoire n'a qu'un sens: celui du Progrès.

Mais si tout n'était qu'une question de perspective? Et si, malgré les apparences du contraire, notre époque était en fait une période bénie de l'histoire de l'humanité et que le meilleur était encore à venir? C'est en gros ce qu'avance l'auteur américain Steven Johnson dans son nouveau bestseller, Future Perfect: The Case For Progress In A Networked Age.

Dans son précédent succès Everything Bad Is Good For You, il argumentait que les divertissements généralement associés à notre déclin culturel - jeux vidéo, télévision, etc. - sont en fait bénéfiques pour notre intellect et notre vie artistique. Bref, il a déjà démontré son optimisme à tout crin (certains diront naïveté).

Mais le portrait qu'il trace de notre époque donne effectivement des raisons d'être plus en paix avec celle-ci. Depuis 20 ans, aux États-Unis, on a ainsi assisté à une baisse du décrochage scolaire, de la délinquance, de la conduite en état d'ébriété, des décès automobiles, de la mortalité infantile, de la consommation d'essence, des accidents de travail, de la pollution atmosphérique et des divorces, pendant que s'accroissaient la scolarité universitaire, l'espérance de vie, l'égalité salariale, les dons de charité et la participation électorale. Tout n'est pas parfait, bien sûr (les inégalités économiques, on le sait, grandissent), mais la plupart des indicateurs pointent dans la bonne direction. Pour expliquer notre perception négative, Steven Johnson montre du doigt les médias et leur préférence pour les événements extrêmes et négatifs.

La thèse défendue dans Future Perfect, c'est qu'une part majeure de ces progrès récents vient de ce que l'auteur appelle «réseaux de pairs» (peer networks), où des gens sur un pied d'égalité font avancer les choses en collaborant et en échangeant des idées. Pas (ou peu) de hiérarchie dans ces réseaux, ni de contrôle centralisé. Internet est bien sûr le paradis de ce genre de réseau (avec Wikipedia et Kickstarter, entre autres), mais l'observateur donne aussi d'autres exemples, comme les budgets participatifs, où les citoyens ont leur mot à dire sur l'allocation des ressources.

Pour lui, ces réseaux prendront une importance grandissante à mesure qu'internet s'insérera dans les moindres replis de notre vie. Plus de progrès à prévoir, donc. Il envisage d'ailleurs une troisième voie, au-delà de la gauche et de la droite, constituée de ceux qu'il nomme «peer progressives», des gens croyant au progrès social, mais capables d'envisager de nouvelles solutions. Pourquoi, demande-t-il par exemple, nos Conseils des arts et autres organismes subventionneurs ne s'inspireraient-ils pas du modèle Kickstarter pour distribuer une partie de leur argent?

L'avenir dira ce que pourront les réseaux de pairs contre les énormes défis du XXIe siècle. Mais il y a quelque chose d'apaisant dans le fait de porter des lunettes roses l'espace de quelques heures, à la fin d'une année qui ne nous aura pas donné beaucoup de raisons de nous réjouir.

Retrouvez cette chronique dans la plus récente édition du magazine Infopresse, actuellement en kiosque, ainsi que dans sa version tablette.

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