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La France songe de plus en plus à abandonner la gratuité du Web

Pour survivre en ces temps de récession du marché publicitaire, nombre de sites Internet français commencent à tourner le dos au modèle gratuit de leurs origines pour devenir payants.

Ainsi le quotidien Libération prévoit réduire de moitié les effectifs de ses éditions en ligne, soit de 22 personnes, indique une dépêche de l'Agence France-Presse. Rédacteur en chef de ces éditions, Gérard Desportes, reconnaît la "contradiction" qu'il y a "à donner plus sur le Web, avec le journal dès 23h, les numéros spéciaux, les dépêches de l'AFP et les dossiers de la rédaction électronique et ses chroniques, que dans le quotidien proprement dit".

Il n'en souligne pas moins la difficulté d'une migration vers le mode payant: "Tout le monde y réfléchit, mais aucun site d'information généraliste français n'a encore monnayé ses informations". Sauter le pas, dit-il, "risquerait d'aboutir à un effondrement de l'audience".

Directeur général du Parisien.com, Benoît Lucciani confirme que l'idée est dans l'air: "Nous sommes en pleine réflexion quant à toutes les possibilités d'Internet payant qui s'offrent à nous".

La situation des médias spécialisés est plus enviable, leur valeur ajoutée et leur singularité ayant un prix. Avec des titres dédiés à des publics spécifiques, le groupe Bayard Presse dispose ainsi d'un gisement de créneaux qu'il compte bien exploiter sur le Web. BayardWeb, son portail ouvert le 1er octobre, repose sur le principe de l'abonnement qui a déjà fait le succès des éditions papier du groupe, du Pomme d'Api des bambins au Notre Temps des seniors. Chacune d'entre elles trouve ou trouvera sa déclinaison en ligne.

Dans un autre registre, Ouest France a lancé à la fin septembre un site payant. Plutôt destiné aux professionnels, il permet une consultation thématique du contenu intégral des 42 éditions du quotidien régional. "L'information a un prix, et il n'est pas question qu'on la distribue", affirme Christian Philibert, directeur général d'Ouest-France Multimédia.

Faire payer l'internaute pour pallier les défaillances du marché publicitaire: ce souci est également celui des hébergeurs. "Il vaut mieux avoir deux jambes pour marcher", constate Philippe Chainieux, directeur du développement d'i France (Vivendi Universal).

Cet hébergeur de sites, qui misait à l'origine sur les ressources de la publicité et du commerce électronique, vient de lancer plusieurs offres d'hébergement sans publicité mais sur abonnement. Alors qu'il ne remplit qu'à "40%-50%" ses espaces publicitaire, i France y trouve, selon Philippe Chainieux, d'autres avantages, puisqu'il répond à une "réelle demande" des webmestres tout en les fidélisant.

Une approche partagée par Clotilde de Mersan, son homologue de Yahoo! France. Plus d'un an après celui des États-Unis, le portail généraliste français constitué à partir du célèbre annuaire de sites Web, lancera au début de novembre "Yahoo! Express" en France. Ce service permettra de faire référencer contre monnaie sonnante et trébuchante un site en sept jours contre six à huit semaines actuellement.

Clotilde de Mersan lance toutefois cette mise en garde: "Attention à ne pas chanter trop tôt les louanges d'Internet payant. La France est un petit marché; ce ne sont pas des millions de consommateurs qui vont se ruer du jour au lendemain sur la musique et la vidéo en ligne."

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