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Fossés technoculturels

Jean Leloup à Tout le monde en parle : « Si tu es parti en voyage pendant deux ans, tu es fait ».

Dans l'édition de juillet-août d'Infopresse, Marie-Claude Ducas parle du fossé technoculturel entre les «geeks» et les moins initiés du web.

Un billet publié en mai 2012 sur mon blogue a suscité des témoignages aussi intéressants que désolants. Il y était question de la propension de certains «experts du 2.0» à regarder d'un peu haut ceux qui ont le malheur de dévoiler leurs lacunes en matière d'internet et de réseaux sociaux. «Quelqu'un m'a déjà dit lors d'un PodCamp (conférences et formations sur les réseaux sociaux et divers aspects connexes): "(...) j'avais l'impression d'être invité à un dîner de cons." Or, cette personne dirige un des fleurons de notre économie québécoise», écrivait un lecteur. «Ça m'a pris trois événements pour oser participer à la discussion (...). Même curieux, je n'étais pas un geek, pas un des leurs», racontait un autre. Espérons qu'on s'apprête à enterrer à jamais ces attitudes discutables. Surtout étant donné les défis posés par la vitesse des changements, leur abondance et, surtout, leur nature. Le musicien et compositeur Jean Leloup, dans une entrevue, très drôle et très perspicace, à Tout le monde en parle en 2009, expliquait: «Ces temps-ci, il faut dire: "Je fais du Pilates." Il y a deux ans, c'était le yoga. Mais aujourd'hui, si tu dis "Je fais du yoga", tu vas te faire répondre: "Ah non! Moi, je fais du Pilates." Il y a plein d'affaires comme ça qu'il faut que tu saches. Si tu es parti en voyage pendant deux ans, tu es cuit.» Dans les communications, cela va encore plus vite: si on a le malheur d'être «parti en voyage» quelques mois (ou trop accaparé par certains projets), l'on se retrouve déphasé. À peine aviez-vous compris ce qu'était une «Google Wave», qu'il n'en était même plus question. Google+? Tellement 2011? Et puis, ça ne lève pas, paraît-il. Par contre, on ne peut plus ignorer Pinterest. Et combien connaissaient vraiment bien Instagram quand on a appris son acquisition (pour 1 milliard$!) par Facebook? Dans plusieurs organisations, les décideurs sont souvent ceux qui se tiennent le moins à jour quant à l'actualité des médias sociaux, et qui les utilisent le moins. Souvent parce qu'ils sont trop pris par leurs responsabilités habituelles. Mais aussi parce que plusieurs entretiennent encore le préjugé que cela regarde d'abord «les petits jeunes» ou les férus de techno. Quoi qu'il en soit, l'on se retrouve avec bien des dirigeants, des stratèges et des créatifs publicitaires qui ne saisissent pas encore à quel point les réseaux sociaux entraînent des changements fondamentaux, à la fois pour les communications et pour la gestion d'entreprise. Et l'on en voit se retrouver un beau matin avec une crise de relations publiques sur les bras. On a beaucoup parlé de la peur du changement dont font montre les «non-initiés» aux réseaux sociaux. Il faudrait commencer à parler de la nécessité, du côté des «cracks» en la matière, de changer aussi: ils ont besoin, eux, d'apprendre à faire la part des choses entre ce qui s'avérera «la saveur du mois» et les phénomènes fondamentaux. Ils devront apprendre à vulgariser, à adapter leur discours en fonction de leur auditoire, en se mettant à sa place. Et là-dessus, ils pourraient bénéficier de l'expertise issue du domaine de la communication «traditionnelle»... En terminant, question aux lecteurs les plus «tendances»: Qu'est-ce qui a pris la place du Pilates, au fait?

Retrouvez cette chronique dans la plus récente édition du magazine Infopresse, actuellement en kiosque, ainsi que dans sa version tablette.

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