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Campagne électorale et RP: «Quand votre pire ennemi, c'est vous»

Frédéric Bérard, vice-président, affaires financières et réglementaires, de H+K Stratégies

Chaque mois, Infopresse publie une chronique d'un membre de l'Alliance des cabinets de relations publiques du Québec; ce mois-ci, Frédéric Bérard revient sur l'importance des RP dans un contexte de campagne électorale.

Les méthodes afin de gagner une élection évoluent à chaque campagne électorale. L'importance d'internet et des médias sociaux est maintenant un cliché dans l'analyse d'observateurs de la scène politique. Une des caractéristiques du web 2.0 est l'accès très facile à de nouvelles tribunes à diffusion aussi larges que rapides. Twitter représente certainement l'un des meilleurs exemples, et de plus en plus de propos tenus sur cette plateforme sont à la base de manchettes des médias traditionnels. Ce phénomène, bien que récent, n'est pas nouveau.

Une particularité du système électoral canadien est qu'il découle de celui de Westminster. Les Canadiens, et dans le cas qui nous intéresse, les Québécois, ne choisissent pas leur chef d'État lors des élections. Ceux-ci mettent plutôt leur confiance entre les mains d'un candidat local qui se présente dans une circonscription électorale sous la bannière d'un parti politique. Le chef qui remporte une majorité de circonscriptions devient, de facto, chef d'État. Les chefs ayant l'ambition de devenir premiers ministres dépendent donc, partiellement, de la capacité des candidats locaux, qui forment le parti, à gagner une élection.

Dans ce contexte, l'accès facile aux tribunes de masse devient un défi de taille pour les responsables des communications d'une campagne électorale nationale au Québec. La moindre bourde d'un candidat local inconnu peut avoir un impact immédiat sur l'agenda de son chef. Oubliez l'annonce planifiée pour cette journée précise, votre nouvelle passera inaperçue aux côtés de la savoureuse maladresse de votre candidat!

Ce problème est bien particulier aux systèmes inspirés de Westminster. Dans un système où les citoyens choisissent directement leur chef d'État, comme en France ou aux États-Unis, les propos d'un candidat local ont beaucoup moins d'impact sur la campagne présidentielle. Contrairement à ici, il est possible de voter rouge dans sa région et bleu dans la capitale.

Le mode de scrutin a donc un impact direct sur la façon dont les professionnels des relations publiques doivent planifier une campagne électorale. Avec les années, on utilise de plus en plus de temps et d'énergie pour réparer les gaffes commises par sa propre équipe. Avant les développements technologiques que nous connaissons aujourd'hui, les erreurs politiciennes pouvaient certes faire couler de l'encre, mais le phénomène demeurait plus local et n'entraînait que très peu de répercussions sur la campagne centrale. Il existait, et il existe toujours, la possibilité d'être obligé de dévier du plan de campagne initial afin de répondre à une attaque de l'adversaire. Cependant, une attaque de l'adversaire est facilement planifiable et modulable vers le discours politique défendu par le candidat attaqué. La bourde venant d'un agent interne peut arriver à tout moment et s'avérer plutôt difficile à justifier.

Les professionnels des relations publiques doivent également se méfier du même phénomène, mais à sens inverse. L'accès à ces plateformes est si facile que le chef lui-même peut-être tenté de les utiliser pour échanger directement avec la population. Bien que l'exercice soit intéressant, le politicien augmente ses risques de transmettre un message pas planifié ou réfléchi avant d'être public. Dans un cas extrême, le chef du parti peut placer l'entièreté de ses candidats dans une situation de crise.

Il existe cependant des solutions à cette perte de temps dans le cadre d'une campagne. Plusieurs partis utilisent internet pour centraliser la vérification de l'information à être transmise et ainsi garantir une certaine qualité et cohérence des messages provenant d'une même formation. Ainsi, un groupe Facebook, géré par l'équipe centrale de la campagne et pas ouvert au public, peut servir à approuver les gazouillis des candidats pour éviter que ceux-ci fassent du ravage. Un tel groupe sert également à répondre aux questions des organisateurs et des candidats locaux sur tous les enjeux inhérents à une campagne. Utilisé avec circonspection, internet deviendra ainsi votre meilleur allié.

Enfin, n'oublions pas l'évidence: la meilleure gestion de crise possible demeure évidemment d'empêcher la survenance de celle-ci.

Frédéric Bérard est vice-président, affaires financières et réglementaires, de H+K Stratégies. Il est de plus le directeur général du bureau de Montréal.

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