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La cosocialisation de Barcelone

Francis Gosselin, gestionnaire de communautés créatives de MosaiC HEC Montréal.

C'est la crise en Espagne: tout le monde le dit et par-delà le simple constat, c'est une réalité que vivent durement les Catalans, qui ont accueilli il y a quelques semaines l'École d'été en management de la création de MosaiC HEC Montréal.

« Avec un taux de chômage à 20% - voire 40% chez les jeunes diplômés -, le malaise est perceptible malgré l'effervescence créative et touristique.

Cela n'est toutefois pas la seule narration actuelle de l'univers barcelonais. Partout en Catalogne, structures publiques, entreprises et créateurs se mobilisent pour relancer la machine productive. Au coeur du célèbre Quartier de l'innovation 22@, l'espace d'incubation Barcelona Activa a favorisé, depuis 1986, la création de 6000 entreprises et de 15 000 emplois. À cheval entre pôle de formation, espace de coworking et espace de ressources pour entreprises en démarrage, la vision de ce centre est, aux dires de Josep M. Piqué - D.G. de 22@ - de transformer la ville en plateforme ouverte d'innovation.

Cette idée est ancrée dans l'initiative Co-Society, portée par celui que d'aucuns qualifient de génie, Alfons Cornella. L'entreprise permet à des entreprises innovantes hétérogènes d'élaborer des projets communs. «La majorité de la co-innovation se produit par accident, affirme-t-il. Notre idée est de procéder de manière systématique afin d'amener les entreprises innovantes à travailler ensemble.»

Dans cette logique, Co-Society vise à transformer des idées improbables en projets d'affaires viables, par des méthodologies à l'avant-garde de gestion de la créativité. Le Co-Poker, par exemple, est un jeu de cartes interactives où l'actif créatif et innovant d'une entreprise est combiné aux défis et aux problématiques d'une autre. À partir de ce jeu combinatoire se produit parfois «la rencontre fortuite sur une table de dissection d'un parapluie et d'une machine à coudre» (Lautréamont).

Enfin, d'un point de vue institutionnel, l'ouverture en 2011 du Musée des idées et des inventions (MiBa) est le produit du travail acharné d'un autre génie, l'inventeur Pep Torres. Métaphorique, ce dernier oppose à la crise actuelle son optimisme: «Dans cette tempête économique, affirme-t-il, tout le monde tente de rester à flot. Nous voulons être un phare.» Faisant contre mauvaise fortune bon coeur, il entrevoit la crise comme une occasion: «Il est toujours bon d'être très inconfortable», ajoute-t-il. Cet inconfort, toutefois, doit être provoqué, géré et suivre des règles.

Une chose est certaine, Barcelona Activa, Co-Society et le MiBa font des vagues. Ils agitent la fluide Barcelone et portent sa promesse. Nul ne sait quel avenir est réservé à l'Espagne, à l'Europe. Mais comme l'exprime Pep Torres, «on ne sait pas où iront les vaguelettes, mais une chose est certaine: si nous ne jetons pas la pierre, nous ne le saurons jamais».

Par Francis Gosselin pour l'École d'été de MosaiC HEC Montréal

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