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Rassurez-moi, quelqu'un

© Alain Pilon

Dans l'édition de mai-juin d'Infopresse, André Marois parle des relations humaines versus la technologie dans les agences.

La scène se passe un lundi matin dans la salle de réunion d'une agence. Paul Pratt est seul. Il observe son ordinateur portable posé sur l'immense table en verre fumé. Le couvercle est fermé. Il met son téléphone intelligent à côté, puis réfléchit. Paul paraît troublé.
Une femme arrive: Anna. Jolie, nerveuse, brune. Elle se place près de son président et se tait. Ils regardent les deux machines éteintes. Tout est là, à portée de clavier. Il suffit de chercher pour trouver, de chuchoter pour se faire entendre.
Paul et Anna se dirigent maintenant vers la baie vitrée. Dans la tour en face, il y a d'autres salles de réunion identiques, où un président et sa directrice de création sont perdus dans leur époque formidable. Tout est possible, et même plus. Ce foisonnement les étourdit. Où aller?
Paul, Anna et les paumés de cette période excitée ont besoin d'être rassurés. Il leur faut parler à des humains, pas à des interfaces. Ils n'en peuvent plus des gazouillis prophétiques et des blogueurs qui ont tout compris, mais qui changent d'avis comme d'iPhone. Ils sautent dans un taxi et se rendent à la conférence du Grand Momo.
Ils s'installent dans des fauteuils confortables et, soudain, ils se sentent mieux. Un homme, un vrai, en chair et en os, leur parle. Il bouge sur scène. Il a vécu des moments forts, il en a tiré une expérience pertinente. Il a parfois douté, mais plus maintenant. Il échange, il explique, il est drôle. Paul et Anna rient. À la fin, ils posent leurs questions à Momo. Comment ferait-il, lui, à leur place? Oh la la, ce n'est pas si simple.
Paul et Anna écoutent ensuite un jeune Américain prétentieux qui cause pour ne rien dire, puis un délicieux Italien. Sa théorie de la renaissance des cours de récréation tient la route. Ils prennent même le café avec lui. Ce type est passionnant. Et beau. Paul et Anna, chacun à leur façon, jouent de séduction.
Cette journée les rassure et les motive à fond. Ils ont eu plein d'idées en écoutant les autres. Ils retournent à leur agence, gonflés à bloc.
Paul convoque son personnel. Il décide de tout changer. L'informatique, c'est bien. Le ouèbe, c'est chouette. Mais les gens, c'est mieux. Voilà, c'est dit. On va revenir aux fondements de la publicité: s'adresser aux consommateurs de façon simple et humaine. Utiliser l'humour, la franchise et la poésie, pour les toucher.
Une révolution postindustrielle est en marche. L'homme doit s'affranchir des machines.
On se met à l'ouvrage avec entrain. Le sourire renaît sur le visage de Paul. Une certaine joie de vivre gagne l'agence au complet.
Paul et Anna assistent à d'autres conférences. Ça les stimule et les chamboule. Mais le quotidien les ramène à la dure réalité: les employés ont quand même besoin d'utiliser les ordinateurs pour créer des sites internet et des applications, pour bidouiller des photos et communiquer sur Facebook. On ne peut pas revenir à l'âge de la machine à écrire Underwood. Paul adapte sa nouvelle théorie. Il arrondit les angles. Il achète le dernier livre du Grand Momo, mais ne le lit pas. Rien ne remplace le contact avec l'auteur.
Et puis, un lundi matin, c'est le drame. Dans la salle de réunion, Paul observe une poterie posée sur la grande table en bois brut. Anna le rejoint et lui annonce qu'elle quitte l'agence. Elle a bien réfléchi, mûri son idée. Elle ne croit plus à l'approche de Paul. Elle veut changer de paradigme. C'est décidé, désormais, elle va donner des conférences.

Retrouvez cette chronique dans la plus récente édition du magazine Infopresse, actuellement en kiosque, et dans sa version tablette.

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