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Innover en télé, c'est possible?

Les chroniques d'une mère indigne
Nathalie Collard, chroniqueuse

Dans l'édition d'avril du magazine Infopresse, Nathalie Collard traite de la place de l'innovation dans les médias télévisuels.

«L'innovation est un mot à la mode ces jours-ci. Tout le monde recherche de bonnes idées. Chez Twitter, par exemple, on organise Hack Week, une semaine durant laquelle les employés sont invités à créer des outils et des concepts pour améliorer le populaire réseau social. L'idée s'inspire des hackatons, ces marathons de programmation où des férus d'informatique sont encouragés à élaborer des applications mobiles à partir de données ouvertes (en transport en commun, en santé, etc.). Certaines grandes entreprises comme Johnson & Johnson se tournent vers l'extérieur et font appel aux clients pour trouver des idées. Grâce aux nouvelles technologies et aux réseaux sociaux, il est désormais facile d'aller puiser dans l'intelligence collective. En anglais, l'on appelle ça le «crowdsourcing». On pourrait se demander ce que l'exercice donnerait dans l'univers de la télévision. Imaginons un instant que les dirigeants de Radio-Canada, de TVA ou de Télé-Québec se tournent vers leur public et demandent: De quoi avez-vous envie? Ou encore: Que manque-t-il à cette émission pour que vous l'aimiez davantage? Le contraire du sondage de cote d'écoute, quoi! Plutôt que de valider des choix de programmation en calculant le nombre d'auditeurs ou de téléspectateurs, on fait appel à leur participation et à leur créativité. Aujourd'hui, la tyrannie des cotes d'écoute a pour résultat d'imposer des normes: si ce concept d'émission fonctionne et cartonne, clonons-le jusqu'à plus soif. C'est le contraire de l'innovation.

À quoi ressemblerait donc un exercice d'innovation ouverte en télévision? On a eu un début de réponse le 14 février dernier dans les pages de La Presse. Le samedi précédent, le chroniqueur télé Hugo Dumas avait proposé une liste d'émissions américaines qui, selon lui, faisaient cruellement défaut à la télé québécoise. Sa rubrique lui a valu un abondant courrier, et le mardi suivant, il publiait les propositions des lecteurs. Les Québécois aiment la télé, ils la regardent en moyenne plus de 24 heures par semaine et ont des opinions (et des idées) à son sujet. Or, on fait rarement appel à leurs lumières. Pourquoi ne pas tenter l'expérience? On pourrait par exemple lancer un concours: vous avez un budget X, un nombre d'acteurs Y et 15 jours de tournage, que proposez-vous? Autre idée: nous cherchons un concept d'émission de télévision de fin de soirée où l'on parlerait arts, littérature, etc. Proposez-nous vos concepts et vos animateurs. Combien on parie que dans le lot des suggestions reçues, l'on trouverait des idées novatrices et audacieuses?

Il serait exagéré de dire qu'il n'y a aucune nouvelle idée en télé à l'heure actuelle. Du côté de la webtélé, par exemple, on observe plusieurs approches novatrices. Pensons aux capsules Les chroniques d'une mère indigne ou En audition avec Simon, des concepts possibles grâce à la flexibilité des nouvelles plateformes de diffusion. Il y a de l'audace, donc, mais en quantité homéopathique. La menace d'un échec paralyse, et la dictature du plus petit dénominateur commun freine l'imagination.»

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