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À l'heure d'une campagne 2.0

Isabelle Perras, vice-présidente et directrice générale de Citoyen Optimum

Chaque mois, Infopresse publie une chronique d'un membre de l'Alliance des cabinets de relations publiques du Québec; Isabelle Perras, vice-présidente et directrice générale de Citoyen Optimum, parle élections et médias sociaux.

«Des rumeurs d'élections se faufilent dans les médias depuis peu. Elles s'apaisent, puis enflent de nouveau pour disparaître encore. Le rendez-vous est cependant incontournable tout comme la campagne électorale 2.0 qui l'accompagnera cette fois. Le Québec va-t-il enfin vivre sa première campagne électorale sous le signe des médias sociaux? Car, il faut bien l'avouer, la plus récente n'aura pas été très convaincante à cet égard.

2 mai 2011, 21h30. Le Québec vient de prendre conscience qu'une vague orange vient de déferler sur l'ensemble du territoire. Sur toutes les chaînes de télévision, les analystes regardent le phénomène avec l'air perplexe de ceux qui voient se produire l'improbable qu'ils n'avaient pas prévu. Il aura pourtant suffi d'un chef à la bouille sympathique, armé d'une canne et qui trinque une bière à la gloire de la Sainte-Flanelle pour faire chavirer le Québec.

Malgré ces résultats proprement spectaculaires, la distanciation des Québécois à l'égard du gouvernement fédéral n'aura pas permis de prendre la pleine mesure de l'impact des médias sociaux sur leurs premières élections générales à se dérouler pleinement à l'ère du web 2.0. En effet, la tiédeur des Québécois face à Ottawa a généré une campagne peu suivie par les Québécois, lesquels se sont surpris eux-mêmes de leur choix collectif en fin de course. Rien donc pour enflammer les réseaux sociaux québécois.

Il en sera tout autrement au cours des prochains mois, alors que se dessinent les prochaines élections générales. Dans une perspective où les trois principaux partis arrivent à la veille d'une course électorale où chacun peut espérer remporter la palme, le rôle que joueront les médias sociaux pourrait s'avérer un facteur déterminant dans la victoire ou la défaite.

Assisterons-nous à un gazouillis fatidique d'un candidat-vedette qui se met le pied dans la bouche et brise le momentum de sa formation?

Verrons-nous enfin un chef politique plonger dans l'univers de Twitter et initier un véritable dialogue avec les citoyens en passant outre le rôle d'intermédiaire des médias traditionnels?

À l'ère de la méfiance quant au financement politique, verra-t-on Facebook arriver à la rescousse en transformant les fans en donateurs potentiels?

Verrons-nous se déployer sur YouTube une séquence de clips mettant en scène les idées phares d'un aspirant premier ministre?

Autant de questions qui trouveront fort probablement une réponse dans les prochains mois. Mais au-delà de ces hypothétiques questions, il faudra surtout surveiller si les principaux partis intégreront les médias sociaux au coeur de leur stratégie. Car c'est une chose de faire des médias sociaux, cela en est une autre d'en faire une utilisation stratégique.

La diminution croissante du lectorat des quotidiens de papier et l'érosion croissante des auditoires des bulletins de nouvelles télévisées seront probablement des facteurs clés qui influenceront les stratèges dans leurs décisions d'intégrer les médias sociaux dans l'arsenal stratégique.

Mais plus encore, la chute significative (près de 14%) du taux de participation lors des dernières élections québécoises de 2008 (57,43%) incitera peut-être les décideurs à réécrire le manuel d'instructions de la campagne électorale en y intégrant les médias sociaux afin de joindre un électorat de plus en plus difficile à atteindre et à mobiliser.»

Vivement que nos acteurs de la classe politique prennent le virage web 2.0 en s'inspirant de ce qui se fait de mieux aux États-Unis ou en Europe. Encore mieux, rêvons un peu et souhaitons que l'esprit créatif légendaire des Québécois soit au rendez-vous et que nos partis nous surprennent en innovant dans l'utilisation des médias sociaux lors du prochain scrutin.

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