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Pourquoi je ne regarde (presque) plus la télévision

Nathalie Collard, chroniquese èa La Presse

Dans l'édition de décembre du magazine Infopresse, Nathalie Collard, chroniqueuse du quotidien La Presse, porte une réflexion sur la télévision. 

« Pendant de nombreuses années, j'ai été critique de télévision dans les pages de l'hebdomadaire Voir et de TV Hebdo. À l'époque, je devais regarder environ 25 heures de télé par semaine, des fois plus. Sans compter les nombreux visionnements d'émissions destinés à la presse spécialisée. J'aimais profondément la télé et je me faisais un devoir d'être au courant de toutes les tendances, fussent-elles nées en Angleterre ou dans le fin fond de l'Asie.

Aujourd'hui, mon poste de télé peut rester fermé plusieurs jours sans que je ressente le moindre manque. Pourquoi?

Soyons honnêtes, je n'ai pas complètement coupé le cordon. Je regarde tous les invités qui m'intéressent à Tout le monde en parle ainsi que les débats qui m'interpellent à Bazzo.TV. Je ris avec mes enfants devant Les Parent et Modern Family, et je jette souvent un coup d'oeil à Découverte ainsi qu'au 360 d'Anderson Cooper. Mais il m'arrive de plus en plus de sauter le bulletin de fin de soirée (une institution dans ma vie depuis plus de 25 ans), car il m'apprend rarement quelque chose que je n'ai pas vu sur Twitter ou Facebook durant la journée. En information, mon émission préférée demeure 24-60 pour l'intelligence avec laquelle elle fait le tour de l'actualité de la journée. Mais à 19h, avec des enfants, rares sont les moments où je peux l'attraper. Enfin, il m'arrive paradoxalement de visionner C'est juste de la télé, une façon tordue de me tenir au courant de ce qui se fait à la télévision... sans la regarder. Bref, si je fais le calcul, je dois « consommer » environ trois heures de télé par semaine, alors que la moyenne québécoise tourne autour de 24 heures. Suis-je normale, docteur?

La télévision n'est pas en perte de popularité dans la population, au contraire. Les contenus audiovisuels sont plus que jamais visionnés, que ce soit sur la télé, l'ordinateur ou les appareils mobiles. Mais un pan de la population, et j'en fais partie, délaisse la télé. Des gens à la recherche non pas d'un divertissement pur et dur, mais bien de contenu et de profondeur. Ce sont les mal-aimés de la télévision. Ils ne font plus partie des publics cibles et se reconnaissent bien peu dans le ton de la programmation actuelle. Ils n'ont pas envie de perdre leur temps à regarder un quizz débile, une télé-réalité abrutissante ou une énième émission consacrée à la décoration ou aux confidences des vedettes. Les téléromans ne les intéressent pas et ils regarderont les bonnes séries (Mad Men, 19-2, etc.) sur DVD. Ces gens rêvent d'émissions sur le cinéma, la politique, l'éthique, la littérature (Vous souvenez-vous du Septième, de Jamais sans mon livre, d'Il va y avoir du sport?). Traitez-les d'intellos, de snobs ou d'élitistes, ils financent la télé comme tous les autres contribuables, et aimeraient bien s'y retrouver davantage. Personnellement, le temps que je passais à regarder la télé est désormais consacré à la radio ainsi qu'à la lecture de magazines et de sites web sur ma tablette numérique. J'ai changé? Peut-être. Et je sais bien que les grandes chaînes de télévision ne feront pas faillite à cause de moi. Cela dit, j'aimerais bien qu'elles ne m'oublient pas complètement. »

Retrouvez cette chronique dans la plus récente édition du magazine Infopresse, présentement en kiosque.

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