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Pour en finir avec l'obsolescence programmée

Marie-Claude Ducas, chroniqueuse, journaliste et blogueuse

Dans l'édition de décembre du magazine Infopresse, Marie-Claude Ducas traite de consommation sous l'angle de ce thème controversé.

« L'obsolescence programmée, thème en vogue depuis un bon demi-siècle chez les critiques du capitalisme, des grandes entreprises et du marketing, connaît de temps en temps des sursauts de popularité. C'est le cas ces temps-ci. Mathieu Roy, réalisateur du récent documentaire Surviving Progress, déplorait en entrevue notre surconsommation, nourrie par les entreprises au moyen de l'obsolescence programmée. Maintenant, même un expert en marketing se met de la partie : dans le livre On veut votre bien et on l'aura : la dangereuse efficacité du marketing, Jacques Nantel, professeur de HEC Montréal, blâme, pour notre propension à nous surendetter, les techniques de "manipulation" des entreprises. Dont, bien sûr, l'obsolescence programmée.

Thèse attrayante : les produits, explique-t-on, seraient soigneusement conçus pour ne pas trop durer, nous obligeant ainsi à en racheter fréquemment et à gonfler les coffres des entreprises, ces si parfaites coupables. Ah, voilà la raison pour laquelle on ne peut même plus faire réparer une imprimante, un grille-pain ou un téléphone ("cela coûtera moins cher d'en acheter un nouveau")! Voilà la raison pour laquelle nos cellulaires, ordinateurs,  iPod et iPhone sont désuets en un rien de temps! Voilà la raison pour laquelle nos parents pouvaient garder leurs électroménagers pendant 30 ans, mais pas nous!

Mais y a-t-il vraiment dessein, voire collusion, pour fabriquer des biens qui ne durent pas? Si seulement telle planification était possible? En réalité, c'est fréquemment le contraire : bien des entreprises, visant le court terme, ont peu à peu diminué leurs contrôles de qualité. Souvent au détriment, d'ailleurs, de leur équité de marque. Côté technologie, la course pour suivre les derniers développements envoie aux rebuts, à un rythme effarant, nos ordinateurs, cellulaires et téléviseurs; course trop effrénée pour être l'objet d'une action concertée. Ajoutons à tout cela l'effet de mode et le désir des consommateurs : on change son iPhone ou son Mac, même s'il fonctionne encore, parce qu'on veut le nouveau modèle, plus performant; et, aussi plus attrayant.

Car c'est l'autre raison pour laquelle on remplace des objets : le design, et la mode. Le remarquable documentaire Prêt à jeter, diffusé au début de 2011 par Arte en Europe et offert sur le web, fait notamment ressortir l'apport de Brooks Stevens, pionnier du design industriel dans les années 50. Il tenait à concevoir des objets "qui susciteraient le désir, donneraient envie d'acheter toujours quelque chose d'un peu mieux, un peu plus nouveau". Il y aurait d'ailleurs un parallèle intéressant à tracer avec Steve Jobs, et Apple. Les rares cas d'obsolescence programmée qui semblent documentés faisaient suite à la Grande Dépression, alors que les grandes craintes concernaient l'effondrement économique, pas l'environnement.

Mais maintenant, certaines marques recommencent à positionner leurs produits sur la durabilité. En fait, ce sont souvent les consommateurs qui résistent mal à l'envie d'acquérir du nouveau, du mieux conçu et du plus attrayant. À moins qu'on ne décide de boycotter l'innovation? »

Retrouvez cette chronique dans la plus récente édition du magazine Infopresse, présentement en kiosque.

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