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Pour une éthique des médias sociaux

Nathalie Collard, chroniqueuse
Gordon Ramsay, le chef qui a apposé sa signature au restaurant Le Laurier Gordon Ramsay.

Une relationniste organise l'ouverture d'un restaurant; elle invite des blogueurs, des chroniqueurs styles de vie et des personnalités bien en vue. Toute la soirée, ces gens tweetent en direct, décrivant l'ambiance « incroyable » et s'extasiant sur chaque plat « délicieux », sans mentionner qu'ils participent à un événement promotionnel. Devraient-ils le préciser?

C'est la question que je me suis posée lorsque le restaurant Laurier BBQ, rebaptisé Le Laurier Gordon Ramsay, a rouvert. Sur mon blogue, je me suis en effet questionnée à voix haute sur la frontière parfois mince entre l'information et la « plogue ». Il faut dire que l'ouverture, en présence du chef-vedette, constituait un gros événement où journalistes, critiques de resto, blogueurs et chroniqueurs de toutes sortes étaient conviés. Avant même l'inauguration officielle, on pouvait lire des commentaires élogieux et avoir un aperçu du nouveau décor et du menu sur Twitter. À n'en pas douter, l'opération de relations publiques a connu un immense succès.

Face à autant d'enthousiasme (on parle quand même de l'ouverture d'une rôtisserie, pas d'un restaurant cinq étoiles), on peut se demander s'il ne faudrait pas instaurer certaines règles lorsqu'on tweete en direct d'un événement destiné à promouvoir un objet ou un lieu (un exemple : lors du lancement de la nouvelle saison de Radio-Canada, les chroniqueurs télé qui tweetaient de l'information en direct de l'événement précisaient qu'ils assistaient à un lancement à l'aide du mot-clé).

Quand on sait que dans le cadre de certaines activités promotionnelles, des personnes sont payées ou « récompensées » en échange de leurs tweets enthousiastes, la question se pose. Ne devraient-elles pas en informer leurs abonnés Twitter ou leurs amis Facebook? Les médias sociaux faisant désormais partie de la stratégie des grandes marques et des boîtes de communication, le public sera de plus en plus confronté à une forme de promotion qui préférerait sans doute demeurer camouflée.

J'ai posé la question à plusieurs personnes oeuvrant dans les relations de presse, les relations publiques et l'organisation d'événements. Résultat : les avis sont partagés. D'une part, il y a ceux qui, par souci de transparence, estiment nécessaire de déclarer ses intérêts lorsqu'on mousse un lieu ou un événement parce qu'on y a été invité gratuitement ou encore, parce qu'on parle au nom d'un client. Certains ont même proposé l'utilisation d'un hashtag (mot-clé) « client » ou « promo » sur Twitter. D'autre part, il y a ceux qui trouvent cette approche complètement ridicule et qui se demandent pourquoi il faudrait venir réglementer tout ça. « Nous ne sommes pas journalistes, disent-ils. Si on est invité dans un événement et qu'on aime ça, on a bien le droit de le dire? »

Il y a du vrai dans ces deux positions. Vrai que les blogueurs et chroniqueurs styles de vie ne sont pas des journalistes et ne sont donc pas soumis aux mêmes règles déontologiques que les journalistes membres de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec. Par contre, les relationnistes et autres spécialistes de la communication sont des professionnels qui obéissent à certaines règles d'éthique. Ces règles ne devraient-elles pas s'étendre à l'utilisation des médias sociaux? Est-ce trop leur demander de déclarer leurs intérêts afin de mieux informer le public? Ou est-ce que, comme on m'a déjà répondu, « les gens sont assez intelligents pour comprendre, on n'a pas besoin de leur préciser. » Pour ma part, je penche du côté de la déclaration d'intérêt.

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