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Nicolas Langelier: "Surconnectés?"

Dans son plus récent numéro, le magazine Infopresse a accueilli un nouveau chroniqueur, Nicolas Langelier. Auteur, commentateur culturel et journaliste indépendant, il compte plusieurs collaborations à son actif, notamment à Bazzo.tv, C'est bien meilleur le matin, EnRoute et L'actualité. Il est aussi à l'origine de Nouveau Projet, un magazine qui sera lancé l'automne prochain. Voici sa première chronique pour Infopresse.

"Rester connecté: c'est maintenant un objectif individuel et collectif. Nous accumulons les gadgets qui nous relient au reste de la planète et délaissons les objets isolés, comme le livre papier et le téléviseur. Nous désirons des entreprises et des institutions pouvant toujours nous servir, où qu'on se trouve. Nous embrassons les applications nous permettant d'annoncer à l'univers ce qu'on fait, pense, espère. Et le grille-pain qui envoie un texto quand nos rôties sont prêtes est sûrement pour bientôt.

Il a bien grandi, internet, depuis ses humbles débuts universitaires durant les années 60. Des fissures commencent toutefois à apparaître dans cette chambranlante construction sur laquelle repose maintenant toute notre existence. William Davidow, pionnier de Silicon Valley et observateur éclairé des nouvelles technologies depuis 40 ans, estime ainsi que la structure même d'internet cause déjà des problèmes majeurs et que des catastrophes encore plus graves se produirons si nous ne faisons rien.

Le propre d'internet étant d'agir comme un amplificateur, surviennent souvent des «réactions positives»: A produit plus de B, qui produit plus de A, etc., comme lorsqu'un microphone reprend le son de son haut-parleur. Se pose donc la question de ce qui est amplifié par internet, au juste. Les bienfaits communicationnels - les révolutions arabes de l'hiver dernier, par exemple - sont démultipliés. Mais les moins bonnes choses aussi, bien sûr, comme la panique ayant mené à la récente crise économique.

Dans son livre Overconnected, paru cet hiver, Davidow avance que nous avons atteint un état de surconnectivité qui force les institutions à changer si vite que leur environnement (physique, humain et social) ne peut suivre la cadence, ou vice versa: l'environnement se modifie trop rapidement, les institutions ne suivent pas. Pensons à l'Islande, encore sous-connectée il n'y a pas si longtemps, mais qui s'était transformée en haut lieu du commerce bancaire électronique, avec des conséquences désastreuses quand la machine s'est emballée, en 2008.
  
Si Davidow s'intéresse surtout aux effets de la surconnectivité sur nos systèmes et institutions, l'on peut aussi réfléchir à son influence sur ces choses autrement plus sensibles que sont nos émotions, idées et états d'esprit. Sommes-nous aussi au bord de la surconnexion? Cela expliquerait ce trop fréquent sentiment d'être sursollicité, surstimulé, et ces fins de journée avec la tête qui bourdonne, mais bien peu d'accomplissements concrets derrière nous. Cette désagréable impression de mal travailler et de procrastiner, ou de ne pas faire ce qui est vraiment important, ou d'accorder trop de temps à de semi-inconnus au détriment des êtres chers, avec l'angoisse permanente de manquer quelque chose, de ne pas être assez informé. Et n'assiste-t-on pas à une forme de réaction positive lorsqu'une «controverse» aussi démesurée que futile s'empare des médias, comme la récente affaire Bernard Cantat?

Pour Davidow, la solution à notre surconnectivité se trouve dans de meilleurs systèmes où des mesures de contrôle - règles, lois et taxes - préviendraient les surchauffes.

Peut-on penser à un équivalent pour protéger ce qui nous reste de paix d'esprit? À l'évidence, beaucoup de gens recherchent en ce moment de solutions. Se multiplient les livres qui remettent en question notre rapport à la technologie, de même que les tentatives très personnelles de mieux gérer tout ça, des dimanches hors ligne aux retraites au fond des bois.

Une chose est sûre, il faudra toujours chercher de meilleures habitudes de vie et de travail, durant ce XXIe siècle où tout va continuer de nous pousser vers une connectivité encore plus grande. Sans quoi, le risque de faire des Islande de nous-mêmes sera sûrement bien réel?"

En plus de cette chronique, retrouvez dans la plus récente édition du magazine Infopresse, présentement en kiosque, tous les résultats du concours Prix Média 2011, un dossier sur les 20 ans de Lg2, ainsi que le jeu du "Une minute avec" avec Jeff Lizotte, concepteur-rédacteur de Sid Lee.

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