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Serge Cabana: "Il est trop tôt pour que les boomers accrochent leurs patins"

Serge Cabana, auteur du livre Babyboomerang

Serge Cabana, auteur du récent ouvrage Babyboomerang, qui participera à la Journée-conférences Jeunes et boomers: développer une stratégie de communication pour toutes les générations, explique pourquoi l'avenir est à la "transgénération". Les bébés-boomers, qui arrivent à l'âge de la retraite en 2011, ont un travail primordial à accomplir, de concert avec les plus jeunes, pour terminer la révolution de culture et de valeurs qu'ils avaient commencée, souligne-t-il entre autres.

Pourquoi  trouviez-vous important d'écrire sur ce sujet?
Je m'intéresse à  la génération des bébés-boomers depuis l'université. Déjà, à l'époque, j'arrivais à la conclusion que le mouvement de la contre-culture était nécessaire pour la survie d'une société. Comme société, l'on sécrète nos propres anticorps. Et les boomers ont commencé une révolution culturelle pas encore terminée. C'est quand même frappant de voir que les jeunes ont contesté le système alors qu'on était à l'âge d'or du capitalisme! Ils pressentaient la crise globale dans laquelle on se retrouve aujourd'hui. Maintenant, l'on entend plein de gens dire, à propos de divers problèmes d'aujourd'hui: "C'est la faute des boomers." Mais je soutiens que ce serait bien pire, si l'on n'avait pas été là, dans la contre-culture. Une autre raison, c'est que 2011 marque l'arrivée des premiers boomers à l'âge de la retraite. Cela fait des années que je me demande ce que va faire, en se retrouvant à la retraite, cette génération qui a brassé la cage. Ils vont se retrouver avec du temps et moins de responsabilités. Selon moi, il faut qu'ils se réveillent, qu'ils retournent aux valeurs des années 60 et 70, puis complètent la révolution culturelle commencée. Ne pas le faire, ce serait ne pas compléter leur mission.
Et l'on arrive dans le contexte d'une crise globale. Pas juste économique, mais sociale, avec des problèmes comme le décrochage scolaire; psychologique, avec des phénomènes comme le burn-out et l'épuisement professionnel; et, bien sûr, écologique. Mais au sein de cette crise, des principes actifs de la révolution culturelle sont présents entre autres grâce aux nouvelles technologies. On n'a qu'à voir ce qui se passe dans les pays arabes. Les nouvelles technologies et l'appétit pour le changement font partie des paradigmes qui émergent ces temps-ci. L'élection d'Obama aux États-Unis en a été le parfait exemple.

En parlant des jeunes, à commencer par la "génération Z", dont les premiers membres ont 16 ans cette année, l'on dit qu'il y a de moins en moins de différences de valeurs et de mentalités entre eux et leurs parents. Faites-vous le même genre de constat?
Tout à fait. La transgénération est une tendance de fond, malgré ce qu'on a souvent pu entendre ou refléter dans des livres comme "Les baby-boomers vont bien finir par crever" ou des pubs comme "Tasse-toi, mononcle!". Les boomers ont eu comme rôle d'enclencher la  révolution, mais les jeunes vont la porter. Et il est trop tôt pour que les boomers accrochent leurs patins, ils doivent finir le travail commencé. Les jeunes ont besoin du soutien des plus vieux pour continuer d'implanter des valeurs comme la conciliation travail/famille. Le Québec est une petite société, où l'on a la chance de faire des choses peut-être impossibles ailleurs.

Voyez-vous un lien avec l'émergence de tendances de consommation du genre "slow food", "slow média", etc.?
Tout cela est vraiment dans l'air du temps. On parle beaucoup de "slow food", ou de simplicité volontaire, ou encore de mouvement "high touch", par rapport à "high tech" : oui, la technologie c'est bien, mais il faut aussi se rencontrer, physiquement, parfois. Et il y a tout le questionnement sur les problèmes liés au milieu de travail. D'un côté, il n'y a pas de travail pour tout le monde, de l'autre, des gens tombent d'épuisement. La révolution technologique qu'on prévoyait autrefois est arrivée, mais pas la fameuse "civilisation des loisirs", parce qu'on est encore trop accroché au veau d'or de l'hyperconsommation. On ne peut pas s'attaquer aux problèmes dans le monde du travail sans remettre en question l'hyperconsommation.

Pour entendre une entrevue de Serge Cabana à Radio-Canada le 3 mars dernier, cliquez ici. Afin d'entendre une interview qu'il a accordée au 98,5 FM, le 2 mars dernier, cliquez ici.

Outre Serge Cabana, directeur des relations institutionnelles extérieures de l'Université de Sherbrooke, la Journée-conférences comprend Alain Giguère, président de Crop, Andrew Assad, chef, storyteller, de Microsoft Advertising, Sasha Grujicic, d'Aegis Media, Benoit Bessette, de Cossette et Brigitte Roberge, de BMO. Pour plus d'information ou pour vous inscrire à cette Journée-conférences Infopresse du 23 mars, cliquez ici.

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