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Réalisateur adepte du web

Vincent Morrisset

Considéré comme un pionnier de la vidéo interactive, Vincent Morisset collabore à tous les projets web du groupe Arcade Fire depuis l'album "Funeral", en plus de travailler présentement à un projet pour l'ONF, à mi-chemin entre court-métrage et livre interactif. Le réalisateur et fondateur d'Aaotaa a rencontré Bénédicte Prouvost, rédactrice en chef adjointe, à l'occasion du dossier sur la communication interactive publié dans le numéro du magazine Infopresse présentement en kiosque.

Vous avez été l'un des premiers étudiants inscrits au programme en médias interactifs à l'Uqam?
Lorsque je suis entré à l'université, c'était pour suivre un profil cinéma. Mais c'était au moment où la notion de multimédia apparaissait, et j'ai vécu une année charnière entre l'enseignement de l'analogique et celui du numérique. Ça a été un joyeux bazar, chaotique, mais aussi très stimulant. C'était la fin des années 90, avant l'éclatement de la bulle, et l'effervescence était partout: nous avions l'impression que ça allait changer le monde. Il y avait aussi une culture du "Faites-le vous-mêmes" qui me plaisait beaucoup.

Vous dites toujours chercher de nouvelles façons de raconter des histoires. Le web offre aujourd'hui beaucoup de possibilités, mais êtes-vous aussi attiré par d'autres supports?
Je suis un touche-à-tout, mais c'est vrai que, jusqu'à maintenant, la majorité de mes réalisations ont été web ou interactives. Présenter du contenu sur un ordinateur offre des possibilités nouvelles qui s'ajoutent aux véhicules existants. C'est très excitant de pouvoir expérimenter. Ce n'est pourtant pas le seul média qui m'intéresse. Depuis un certain temps, je réalise des films de façon linéaire, même si je tente d'adopter une approche différente. En revanche, j'évite de m'exciter avec les nouveaux gadgets, comme l'iPad. Je trouve plus stimulant de partir d'idées et de trouver les technologies adaptées pour les réaliser, plutôt que l'inverse.

C'est ce qui s'est passé pour le plus récent album du groupe Arcade Fire, "The Suburbs"?
Oui. Aujourd'hui, 80% des gens écoutent de la musique sur un ordinateur, un iPod ou un téléphone. C'est totalement absurde qu'en 2010, la seule image associée à un disque soit un JPEG! J'ai donc choisi d'utiliser le format traditionnellement associés aux podcasts, puis de le détourner pour créer des microchapitres, avec du visuel unique et évolutif, pour chaque chanson du disque. J'ai aussi voulu développer quelque chose avec les hyperliens, un concept déjà un peu "vieille école", mais très riche. Grâce à cela, les gens intéressés à du contenu additionnel peuvent découvrir les références qui ont nourri le processus créatif du groupe, comme une chanson de Neil Young ou la victoire de l'ordinateur Deep Blue aux échecs contre Garry Kasparov.

Vos réalisations affichent souvent une simplicité visuelle et d'utilisation. Est-ce la clé de la réussite sur le web?
Je ne sais pas si c'est la clé, mais c'est ce qui m'allume. Les projets interactifs qui m'ont le plus marqué sont ceux pour lesquels je comprenais tout de suite le lien de cause à effet, qui avaient un côté intuitif et qui me faisaient oublier que je me trouvais devant un ordinateur. Je crois que la magie opère lorsqu'on est capable d'amener l'utilisateur là où l'on veut l'amener, tout en lui offrant une liberté de découverte.

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