La référence des professionnels
des communications et du design

Paul Lavoie: "Le nationalisme, c'est bien, mais il faut autre chose pour croître"

Paul Lavoie, président du conseil et fondateur de Taxi

Paul Lavoie, président du conseil et fondateur de l'agence canadienne Taxi, explique pourquoi il a vendu son agence au conglomérat britannique WPP, au sein duquel elle fera partie des agences de Young & Rubicam (Y&R) Brands; il partage aussi sa vision pour la suite des choses.

On apprenait en effet, vendredi dernier, l'acquisition par WPP de Taxi, agence fondée à Montréal en 1992, maintenant présente à Toronto, New York et Amsterdam. Peter Stringham, président et chef de la direction de Y&R Brands, a déclaré entre autres à Infopresse: "L'agence est véritablement un bijou, que nous avons l'intention de faire croître partout", en soulignant son intention d'en préserver l'identité et la personnalité. Paul Lavoie indique pour sa part que l'ambition d'étendre son agence à d'autres marchés l'a poussé à conclure cette transaction.

Quel a été l'élément-clé dans votre décision?
Il est devenu clair que ce serait difficile, à l'intérieur de cinq ans, de concrétiser les ambitions que je nourrissais pour Taxi. Je peux encore y être cinq ou six ans, mais je ne travaillerai pas toute ma vie en pub. Je veux voir Taxi s'épanouir, puis arriver à mon niveau d'ambition, de mon vivant... pendant que je suis encore actif! J'ai conclu que ce serait difficile, autrement qu'avec ce genre de transaction. Le meilleur moment pour vendre, c'est, justement, quand tu n'as pas absolument besoin de le faire, quand tu n'es pas dans l'urgence.

À quel moment en êtes-vous arrivé à ce genre de conclusion?
Je me suis mis à y penser sérieusement le printemps dernier. J'ai commencé à regarder les options. des agences comme Bartle Bogle Hegarty et Crispin Porter + Bogusky font partie de réseaux depuis des années, mais n'ont pas pour autant perdu leur personnalité et leur créativité. Alors, j'ai rencontré quelques réseaux. Certains étaient trop petits. D'autres n'avaient pas vraiment l'historique que je recherchais quant au respect de l'identité des agences. Je voulais qu'on reste Taxi, pas que ça devienne "Taxi/Quelque chose". D'une part, j'ai été impressionné par WPP. En nombre de Lions remportés à Cannes, ils ont failli battre Omnicom cette année. C'est un réseau où l'on a fait l'équation entre créativité et rentabilité. Les déclarations de son dirigeant, Martin Sorrell, le prouvent. Puis, quand il a fallu voir à quel réseau nous pourrions nous joindre, Y&R Brands s'est imposé: ils ont pour principe de ne jamais toucher aux gens, ni aux marques: que ce soit Wunderman, Landor & Associates, Blast Radius... ils n'y ont jamais touché. Ils n'y touchent pas, depuis 40 ans. D'autre part, le dirigeant de Y&R Brands, Peter Stringham, est un Canadien que j'admire beaucoup. Il ne sera pas là éternellement, mais il est là au début, pour démarrer les choses. Et il m'a bien démontré, preuves à l'appui, qu'ils n'ont pas l'habitude d'interférer avec les marques.

Vous mentionniez "dans cinq ou six ans": c'est l'horizon dans lequel vous vous voyez demeurer chez Taxi?
Oui. J'ai 54 ans. Dans cinq ou six ans, je vais vouloir faire autre chose. Pour l'instant je suis engagé, très excité. Il y a ici une équipe et une direction formidables et engagés, il y a tout ce qu'il faut pour assurer la relève. L'idée, ce n'est pas de vendre pour dire: "Salut, je m'en vais". Je voulais un plus gros moteur dans mon Taxi et plus d'essence pour mettre dedans.

Vous parliez de vos ambitions pour l'agence. Quelles sont-elles?
J'aimerais travailler davantage pour des annonceurs globaux, pas juste des annonceurs nationaux. Nous sommes prêts pour ça. Je ne peux pas le réaliser seulement avec un petit bureau à New York, un autre petit à Amsterdam, puis un gros bureau à Toronto. Je veux que les gens, l'esprit et l'identité de Taxi demeurent, mais que ça se traduise par des canevas plus globaux.

Il reste que tout cela soulève encore la question de la survie d'une industrie canadienne - et l'on ne dit même pas québécoise! - de la pub...
C'est très difficile de devenir mondial, en demeurant seulement canadien. Il n'y a pas de capital, il n'y a pas d'argent dans ce puits. Les banques sont très peu portées à prendre des risques, ce ne sont pas de très grands alliés des entrepreneurs, du moins dans notre domaine. J'applaudis les entreprises qui ont réussi, comme BlackBerry et le Cirque du Soleil. Mais nous devions chercher du soutien ailleurs. Le nationalisme, c'est bien mais ce n'est pas cela qui permet une croissance ailleurs. Tout cela n'empêche pas que Taxi est née à Montréal, qu'elle a déjà exporté son esprit à New York et à Amsterdam. On a un esprit canadien, plus collaboratif, fondamental et qui cadre très bien avec la réalité d'aujourd'hui: il faut être "open source". C'est ce qui a toujours été la notion de Taxi.

Comment voyez-vous l'avenir du bureau de Montréal? Vous devez encore trouver quelqu'un pour en reprendre la direction...
Oui. Yves Blain a accompli un excellent travail, mais nous sommes tombés d'accord sur le fait que ce n'était pas le bon "casting". Et l'arrivée de Jane (Hope) a été très bien accueillie mais, bien sûr, c'est temporaire. Nous avons mandaté une firme de chasseur de têtes afin de trouver quelqu'un pour prendre la responsabilité du bureau de Montréal. Taxi Montréal est une agence différente. C'est une agence québécoise, qui peut exploiter des possibilités locales, mais qui a aussi des mandats nationaux. Il n'y a qu'à voir ce qu'on a fait pour les Producteurs laitiers du Canada, Reitmans et Bombardier. Ce n'est pas une agence d'adaptation.

comments powered by Disqus