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Florence Girod sur la soirée Créa: "Des allures de Mad Men"

Florence Girod

Florence Girod, directrice de la planification créative de Nucleus, division de Cossette, apporte, après l'événement, sa réponse à la question: "Pourquoi fallait-il être à la soirée Créa?"

"C'était une belle occasion, entre remise des prix et verres entre amis, de prendre le pouls de l'industrie. J'ai été déçue. Si l'on se fie aux prix Créa pour avoir une image de la pub au Québec, ça ressemble à quoi? Les gars discutent «grande idée» pendant que les filles dansent. On se croirait dans Mad Men.

Au cours de ce grand rassemblement d'une industrie supposément en plein bouleversement, je n'ai observé aucune trace de changement. Pas un mot pour les consommateurs quand on sait la place qu'ils prennent dans les nouveaux écosystèmes, ni sur l'influence des nouvelles technologies, rien sur la crise économique qui a secoué la dernière année. Je ne m'attendais à rien, mais au fond de moi, j'espérais attraper par-ci par-là les prémices d'une nouvelle vision de la publicité postcrise ou, au moins, l'évocation du transmédia. OK, c'est un jour de fête et de célébration des idées, mais alors qu'on recommande aux annonceurs transparence et authenticité, j'ai trouvé qu'on y parlait encore la langue de bois publicitaire. Peut-être que la recherche de la grande idée (et des prix qui viennent avec), ça tient éloigné de la réalité. Ça ressemblait à du déni. Et puis... si peu de femmes sur la scène, au micro, je veux dire. Ce n'est pas nouveau, mais, pourtant, à l'image du Québec tout entier, notre industrie regorge de femmes brillantes et déterminées en design, en RP, en marketing relationnel, en stratégie... et même dans les milieux très «geeks» du numérique et des jeux vidéo.

Alors, la voilà, la question qui tue. Est-ce que (seuls) les hommes peuvent réinventer la pub? On ne peut pas évoluer sans renoncer à certaines choses, et j'ai l'impression que, non seulement ils s'accrochent à des clichés vieux de 50 ans, mais qu'ils perpétuent des valeurs dont le métier n'a plus besoin. Non, l'omniprésence des hommes dans la pub, ce n'est pas nouveau, et il y a sûrement des tas de bonnes explications, mais si ça changeait? Si la capacité des femmes à écouter, explorer, s'adapter, rassembler, réconcilier était ce dont avaient besoin les agences version 2010, qui doivent expérimenter de nouveaux modes de travail. Dans le dernier numéro d'Infopresse, Martin Ouellette dit que les agences du futur seront floues, qu'il faudra plus que jamais apprendre à partager les idées et à vivre avec des processus non linéaires. Justement, très à l'aise dans le flou, le désordre et les changements de cap, les femmes font évoluer le monde depuis la nuit des temps pendant que vous chassez le mammouth (ou la grande idée)! Alors, cette fois, partons à l'aventure ensemble.

Et de Mad Men, ne gardons que les costumes, ils vous vont si bien."

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