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Sylvain Lafrance: "Le CRTC doit corriger une anomalie fondamentale"

Sylvain Lafrance

Sylvain Lafrance, vice-président principal des services français de Radio-Canada, tout en résumant les changements majeurs apportés à la société d'État au cours des derniers mois, a souligné hier l'importance de financer les diffuseurs, notamment par des redevances. "Le paradoxe, c'est que si vous êtes dans les tuyaux, c'est-à-dire le satellite, la câblodistribution, etc., ça va bien. Mais ceux qui créent des contenus s'appauvrissent", a-t-il dit lors d'un déjeuner-conférence de l'Association des MBA du Québec.

"Des décisions importantes s'en viennent, notamment en ce qui a trait aux redevances, a-t-il ajouté. C'est quand même remarquable qu'on ne reçoive rien, comme générateurs de contenus. Le CRTC doit avoir le courage de corriger cette anomalie fondamentale. Sinon, l'on verra un affaiblissement de tout le système."

Sylvain Lafrance a axé son intervention sur l'importance du rôle d'un diffuseur public comme Radio-Canada par rapport à des enjeux culturels fondamentaux. "Les médias vivent des bouleversements profonds et vont vers une hyperfragmentation. Mais où sont les points de rassemblement? Ce ne serait pas grave si l'on n'avait rien à se dire. Mais on est à une époque de notre histoire où l'on a des choses à échanger. On vit un choc de valeurs. Derrière tous les enjeux technologiques, il y a un enjeu de société et un enjeu culturel."

Il a par ailleurs résumé la façon dont Radio-Canada s'est transformée pour y arriver. "Nous avons changé fondamentalement, pour intégrer les contenus sur les diverses plateformes, dit-il. Et Radio-Canada n'a jamais été plus distinctive. Il y a d'ailleurs eu une grande augmentation de la notoriété et de la reconnaissance de la marque depuis cinq ans." Il a par ailleurs souligné trois grands "chantiers" pour Radio-Canada dans les prochaines années. Le premier est lié à l'équilibre des sources de revenus: "Nous avons maintenant une direction principale des revenus, pour arriver à plus d'efficience dans les dépenses, mais aussi diversifier nos sources de revenus." Le second au plan des programmes: "On va devoir créer des médias de plus en plus distinctifs. Notamment, proposer des contenus solidement implantés en régions. Et aussi à l'international: donner accès à l'information internationale dans un contexte francophone s'avère très important." Enfin, concernant la marque de Radio-Canada: "Comme l'offre et l'encombrement augmentent, les gens vont écouter les chaînes qui correspondent à leur valeurs. Notre ambition, c'est que, dans tous nos contenus, lorsque vous nous écoutez, vous reconnaissiez Radio-Canada."

"Notre télé est une source de fierté. Elle est d'ailleurs beaucoup enviée à Toronto", a-t-il dit en conclusion, rappelant l'importance de lui permettre de continuer de se développer.

Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) s'est penché, lors d'audiences tenues l'automne dernier, sur la question du versement, par les distributeurs, de redevances aux diffuseurs. Une décision du CRTC est attendue prochainement sur cette question. Les points de vue très divergents entre distributeurs et diffuseurs à ce sujet viennent même d'entraîner l'éclatement de l'Association canadienne des radiodiffuseurs.

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