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Tribune: Martin Ouellette

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Dans son numéro de décembre, Infopresse a demandé à Martin Ouellette, président de Provokat, de dévoiler sa vision des communications interactives.

Le code de la route du publicitaire averti

Les automobilistes cachés derrière leur pare-brise ont parfois le besoin de communiquer entre eux.

Pour ce faire, le klaxon constitue le moyen le plus efficace. Si l'on veut signifier au chauffeur dans la lune devant nous que le feu est passé au vert, un petit "pouet" suffit. On appelle quelqu'un: "pouet, pouet". On veut indiquer un danger imminent: "pouuuet!". On trouve que quelqu'un a exécuté une manoeuvre dangereuse et l'on veut le réprimander: "pooooooooouuuuuuuuuet!".

Ce mode de communication est interruptif. Le son strident n'existe pas pour faire plaisir, mais pour réveiller, attirer l'attention. C'est comme la pub à la télé, dans les journaux et dans les autres médias traditionnels.

Vous me voyez venir: avec le clignotant, il en est tout autrement. C'est une forme de communication qui se rend disponible plutôt que de s'imposer. Si quelqu'un veut savoir si un automobiliste va changer de voie, il regarde ses clignotants. En effet, cette communication s'apparente à celle qu'on retrouve en ligne; la réception de celle-ci a lieu sur une base volontaire. Cette métaphore a encore un peu plus de profondeur.

Bien sûr, le klaxon est efficace. Mes amis "trads" ne cessent de me le répéter. La personne visée entend habituellement le message et réagit assez bien. L'un des problèmes avec ce "poooouuuuet!", c'est que tout le monde l'entend, pas seulement la personne concernée. Les autres automobilistes, les cyclistes et les piétons regardent la voiture qui klaxonne frénétiquement.

Autre problème, c'est que ce véhicule est entouré de plus en plus d'automobilistes qui klaxonnent eux aussi. De plus en plus fort, avec des sons différents, des musiques, des "tararatata", des "zing! zing!", tout et n'importe quoi pour se distinguer. Alors, oui, ce moyen s'avère relativement efficace pour interpeller la personne visée, mais la cacophonie est une conséquence pour laquelle tout le monde paie.  

De plus, il ne faut pas oublier que tous ces criards arborent chacun un gros logo. Le publicitaire klaxonne, mais l'image de l'annonceur en fait les frais.  

Il en résulte une ville bruyante où la plupart des cris que nous entendons ne nous sont pas adressés. Ça passe le goût d'écouter.  

Le clignotant a ceci de particulier qu'on s'attend à ce que l'autre s'en serve. On devient insulté quand celui qui tourne ne l'a pas manifesté. "Le clignotant est venu en option?", "As-tu trouvé ton permis de conduire dans un Kinder Surprise?". Idem en ligne. Quand des consommateurs prennent la peine de chercher un annonceur sur Google, ils s'attendent à trouver vite un site qui correspond à leurs besoins. Quand ils répondent à un courriel, s'inscrivent, posent une question, ils s'attendent à une disponibilité et à une réponse rapide. Quand ils reviennent sur un site, ils s'attendent à être reconnus et accueillis.

Le coût de la communication toujours disponible et réactive est grand, mais il ne s'agit pas ici de caprices infantiles ni d'exigence éhontée. Les consommateurs qui prennent la peine de regarder un clignotant sont en droit d'exiger qu'il en émane une communication, pertinente et exhaustive de surcroît.

Alors, oui. Nous devons klaxonner dans certains cas, mais, de grâce, faisons-le seulement au besoin. Essayons de trouver des moyens de plus en plus efficaces pour que seules les personnes qui peuvent tirer parti de notre message l'entendent. De plus, prenons l'habitude de clignoter en bon citoyen.  

Ce respect du code est essentiel parce que si nous continuons de mal nous comporter, on risque tout simplement de se faire demander de ne plus emprunter ces voies, qui, je le rappelle, ne nous appartiennent pas.

Martin Ouellette est président de Provokat.

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