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Le manifeste des cons

Nous vivons les derniers moments de George Bush dans le Bureau Ovale, qui restera dans les annales comme un président largement décrié et caricaturé.

 
Une des tares les plus souvent reprochées au futur ex-président est que celui-ci serait «idiot» (cf «W» d'Olivier Stone). Mais il semble ne pas être seul: de Paris Hilton à Ben Stiller en passant par Eve Angeli, un vent d'idiotie, voire de connerie soufflerait-il sur nos people et nos politiques?
Il est passionnant de voir que la figure de l'idiot a constamment oscillé entre dévalorisation et revalorisation, et a fortement marqué l'imaginaire de nos sociétés occidentales.
Un excellent ouvrage* consacré au sujet nous rappelle qu'au XIXème siècle «les aliénistes situent l'idiot à l'échelon le plus bas de l'humanité, non loin des animaux, sorte de bête humaine». La revalorisation commence en 1867 avec la sortie de «L'Idiot», chef-d'oeuvre de Dostoïevski qui transcende le côté naïf, candide et simple d'un idiot quasiment christique. Les artistes du XXème siècle intègrent ensuite l'idiotie dans le champ artistique, et ce jusque dans les années 70. C'est à cette période qu'un renversement s'opère: de discriminant, le terme prend une acceptation positive? pourtant déjà présente dans son étymologie.
Le mot grec «idiotes» décrit en effet un individu dénué d'intelligence, mais signifie également avant tout un être simple, particulier, unique, et donc «sans double». Une analyse à rapprocher de celles du philosophe Clément Rosset, qui dans «Le Réel, traité de l'idiotie»**, arrive à la conclusion que l'idiot est celui qui saisit véritablement «le réel comme réel et non comme succédané d'un éventuel autre ou ailleurs». Lucide et clairvoyant par excellence, l'idiot s'oppose à la figure du scientifique, du religieux ou de l'intellectuel qui par leur connaissance ou leur savoir passent «à côté» du réel.

L'idiotie ou la connerie pour mieux appréhender le réel? Intéressant, au moment où cette figure connaît un nouveau retour en grâce, notamment grâce au web (une partie conséquente du contenu de YouTube est composé « d'idioties » en tous genres, et un nombre incalculable de «groupes» Facebook revendiquent la connerie comme valeur positive).

Au niveau artistique, la figure de l'idiot n'est pas en reste avec le film culte «Napoleon Dynamite», le récent «Super Blonde» (pour lequel Les Inrocks se sont écriés «la blonditude est un humanisme»), et surtout le nouveau single d'Emma Daumas***.

L'ex Star Académicienne met ainsi la première pierre à l'édifice d'un futur manifeste de la connerie. Avec «J'suis Conne » son nouveau single (sic), et une dizaine de saynètes humoristiques uploadées sur le web*, elle marque une réelle avancée dans la revendication du droit d'être con! Si la connerie permet de mieux appréhender le réel, n'ayez pas peur de dire partout dans la rue ou sur Facebook «J'suis Con(ne)» !


Thomas Jamet est fondateur et directeur associé de ReLoad (Publicis Groupe Media). http://www.reload-pgm.com/

* « Les figures de l'idiot » Sous la direction de Véronique Mauron et Claire de Ribaupierre
Editions Léo Scheer, 2004
** « Le Réel, traité de l'idiotie » Clément Rosset, Les Editions de Minuit, 2004

*** Emma Daumas, « J'suis Conne », premier single extrait du nouvel album « Le Chemin de la Maison » (Polydor)   http://jsuisconne.artistes.universalmusic.fr/

Illustration :

 

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