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Savez-vous parler la langue des patrons?

Mais que se cache t-il derrière les prises de paroles des grands leaders d'entreprises françaises? Décryptage sémantique par l'agence Meanings.

Michel-Edouard Leclerc s'adresse t-il à ses consommateurs avec un langage à tendance «populaire» ou «élitiste»? Le discours d'Anne Lauvergeon est-il plus dynamique et entrainant que le verbe de Louis Gallois?
Pour répondre à toutes ces questions existentielles pour professionnels qui se respectent, une analyse sémio linguistique du langage de 10 grands patrons français* vient de voir le jour. Baptisée «La langue des patrons»,  l'étude réalisée par Meanings, décrypte une sélection de prises de paroles orales et écrites diffusées dans les médias, toutes tendances confondues, au premier trimestre 2008. Cette enquête pointue supervisée à la demande de Meanings par Dominique Desmarchelier, Professeur de linguistique et d'analyse de discours à la Sorbonne, passe en revue les 10 «boss» au travers de 43 prises de paroles dans les médias et plus de 34 000 mots!
Le résultat se découpe en 6 parties: le rapport des patrons à leur statut de responsables, leur relation à leur entreprise et au monde, leur capacité à se faire comprendre, leur pouvoir de conviction, leur leadership et leur aptitude à mobiliser et la présence d'affect dans leur langage.
On apprend ainsi que les patrons aiment donner leur avis mais qu'ils ouvrent peu la fenêtre sur leurs émotions et sentiments. Globalement l'affectif n'est pas utilisé pour aider à toucher le récepteur. Le PDG de Renault/Nissan est celui qui utilise, tel Cyrano de Bergerac, le plus grand nombre de mots évoquant le sentiment. Quant à Michel-Edouard Leclerc, il arrive en queue de peloton en matière de sentimentalisme! Au niveau de l'argumentation riche et variée, Guillaume Pepy et Christophe de Margerie trônent en tête du top10 à l'opposé de Louis Gallois et Henri de Castries qui ferment la marche.
Le rapport à leur fonction est assez intéressant à développer: Bernard Arnault (72%) et Jean-Paul Agon (79%) utilisent une fois et demie plus de «nous» que la moyenne (53%). Ils sont de ce fait ceux qui s'expriment le moins à la première personne, leur discours est donc moins personnel et moins assumé. A ce style collectif s'oppose Michel Edouard Leclerc qui prononce deux fois plus «je» que la moyenne (36% pour 20%)!
Le langage patronal est avant tout celui d'un communicant hors pair qui, selon la raison de son entreprise et les situations données, s'adapte à une opinion publique qui sait tendre l'oreille... Le langage des patrons est donc professionnel, persuasif, séduisant mais surtout très travaillé...


*Les dix patrons analysés : Jean-Paul Agon (L'Oréal), Bernard Arnault (LVMH), Henri de Castries (AXA), Jean-Paul Cluzel (Radio France), Louis Gallois (EADS),
Carlos Ghosn (Renault), Anne Lauvergeon (Areva), Michel-Edouard Leclerc (Leclerc), Christophe de Margerie (Total), Guillaume Pépy (SNCF)

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