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Quatre jours à Milan

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L'édition 2008 du Salon du meuble de Milan n'a pas été celle des grandes révélations ou des grandes découvertes, une édition de nouveau pluvieuse (effaçant le miracle ensoleillé de l'an passé), qui ne faisait que confirmer les grandes lignes aperçues en 2007.

Jour 1
Le parcours des journalistes commence comme à l'habitude la veille de l'ouverture du salon officiel par les "preview" accordés aux représentants des médias. Les habitués se retrouvent donc dès le mardi midi à la Triennale, qui dévoile en primeur ses installations. Ce lieu prestigieux accueille les expositions culturelles ou moins commerciales de certaines grandes marques.

Vitra y présentait son volet expérimental Vitra Édition, Cassina, une grande rétrospective historique très bien mise en scène à la façon d'une réserve de musée, Christofle, des rééditions de magnifiques pièces d'orfèvrerie signées Gio Ponti. À l'extérieur, dans un jardin qui ressemble toujours à un champ de boue, Kartell installait ses collections "outdoor" autour de topiaires géantes taillées à la forme de ses créations.

Les journalistes déambulent donc dans ces diverses expositions, picorant ça et là une bouchée (très bon parmesan chez Guzzini), sirotant une coupe de champagne ou un cocktail sur la terrasse investie par la vodka Absolut. À Milan, l'alcool coule à flot et tout est prétexte à un verre offert par des commanditaires associés à la cause du design.

La suite de la journée se poursuit dans la Zona Tortona, où, là encore, tout est déjà ouvert aux journalistes, mais aussi aux visiteurs de la première heure. Cette première visite constitue une façon de prendre rapidement le pouls, de vérifier les présences, de réclamer les précieux dossiers de presse et de prendre rendez-vous pour de futurs entretiens plus tard dans la semaine. Le détail a son importance: cette journée aura été la seule ensoleillée de la semaine.

Jour 2
Alors que certains se précipitent déjà à Rho pour l'ouverture des portes du salon, d'autres attaquent plus sérieusement le "off". Passage obligé chez Swarovski, qui présente son spectaculaire Crystal Palace. Lustres somptueux qui se transforment en douches, cascades de cristaux étincelants, prouesses technologiques ou de fabrication, la magie est toujours au rendez-vous.

Puis, découverte d'un nouveau venu: Meta, firme britannique fondée par un célèbre antiquaire qui se donne pour mission de réaliser des oeuvres conçues par des designers et fabriquées par les meilleurs artisans. Un luxe sans limite qui se traduit par des pièces fonctionnelles qui rappellent les plus belles heures des arts décoratifs.

Tout près, le très chic hôtel Nohw accueille une série d'exposants installés dans le lobby, dans les salons ou sur les paliers des étages. Une immense surface est consacrée au design espagnol. S'y retrouvent tous les créateurs ibériques du moment.

Visite de l'incontournable Superstudio Piu, qui présente, là encore, une exposition chapeautée par la Chambre de commerce de Madrid et une vaste aire investie par trois entreprises espagnoles: Barcelona Design, Nani Marquina et ÙCamper.

Passage chez Tom Dixon, qui confirme la constance de son talent avec des pièces maîtrisées, pleines de retenues, mais pas ennuyeuses. Chez le fabricant de céramique Bisazza, l'événement prend la forme de deux installations confiées à Jaime Hayon et à la grande dame du design français, Andrée Putman. Rigueur géométrique et élégance chez la dernière, fantaisie bédéiste et futuriste chez le plus couru des designers espagnols.

Promenade dans l'immense appartement de Moooi, qui présente ses nouveautés sous formes de pièces-tableaux géants. Enfin, dans une rue en marge, moment agréable passé dans le garage de Maarten Baas, qui proposait ses pièces au fond d'une cour, dans un atelier de mécanique où les oeuvres "cartoonesque" du designer hollandais côtoyaient l'authentique fouilli du lieu.

Suivent en fin de journée les inévitables cocktails, si nombreux qu'il est parfois plus facile de les éviter complètement que de devoir les choisir.

Jour 3
C'est le moment d'attaquer le Salon à proprement dit et d'affronter la foule qui envahit chaque matin le métro pour s'y rendre (prendre un autre moyen de transport est tout simplement hors de question). Sur place, les journalistes ont le privilège d'un salon de presse privé où sont servis cafés, connexion Internet et sacs rouges assez grands pour contenir les kilos de documents accumulés à la fin de la journée.

Direction pavillons 8 et 12, qui accueillent les marques prestigieuses. Le groupe Poltrona Frau en possède un bon nombre, regroupées dans un gigantesque espace commun ceint de hauts murs ornés de pastilles réfléchissantes. À l'intérieur, chaque marque a son propre stand reflétant sa personnalité: Poltrona Frau, Cassina, Cappellini, Alias, Thonet, Gufram.

Foule immense, comme toujours, sur le stand de Moroso, marque chouchou des dernières années qui se démarque par une créativité habilement gérée par une femme que tous adorent: Patrizia Moroso. Vitra, Edra, Minotti, MDF, Driade, Emu, Kartell, les noms se succèdent et aussi les kilomètres de canapés, les centaines de chaises, qui, vu le nombre de visiteurs venus du monde entier, doivent bien toutes trouver preneur quelque part.

Eurocuccine, qui a lieu une fois tous les deux ans en alternance avec Euroluce, présentait d'innombrables îlots de cuisine généralement blancs, accompagnés de mètres de placards, blancs eux aussi, dont l'originalité cette année semble résider dans l'invisible, soit les mécanismes électriques d'ouverture de leurs portes et tiroirs. Les partisans du moindre effort sont servis.

Le Pavillon Satellite offrait comme toujours un sympathique mélange de jeunes talents venus de partout, avec leurs forces et leurs faiblesses. À noter: le travail très maîtrisé des Japonais, qui se démarquaient nettement avec des créations abouties et bien dessinées. Enfin, avec ses meubles de babiche, le collectif québécois Samare a suscité de nombreux questionnements et intérêts.

Le retour en ville est toujours un moment pénible du Salon. Il faut voir pour le croire cette marée humaine qui envahit les allées du métro, au point qu'il est nécessaire de stopper cette vague régulièrement afin de contrôler l'achalandage. Claustrophobes s'abstenir!

Jour 4
C'est le jour, avant le départ en soirée des dernières visites du "off". Direction Brera et le centre-ville, avec pour préambule un passage dans le très chic Corso Como. Dans la galerie Carla Sozzani, l'installation vaut le coup d'oeil: 50 Egg Chair d'Arne Jacobsen habillées par Tal R occupent l'espace. Puis, premier arrêt chez Established & Sons, devenu un classique en à peine quelques années. Visite de la jungle mise en scène par Tord Boontje chez Moroso. Émerveillement devant l'installation de Tokyo Wonder, qui présentait dans le noir une forêt de balles de ping-pong blanches flottant littéralement au-dessus de minces tubes d'air et de lumière. Et puis, découverte au cours de cette errance balisée par les bannières officielles installées par Interni d'une multitude d'objets, d'idées, d'installations, de créateurs venus se faire une petite place dans le monde du design.

C'est dans le spectaculaire espace Rossana Orlandi que s'achève le périple. Cette ancienne usine de cravates dont on a préservé le cachet offre un labyrinthe de salles où sont présentés de nombreux créateurs indépendants, des entreprises ou des travaux d'étudiants. Un dernier verre dans le jardin (et sous la pluie), et il est temps d'attraper un taxi.

Outre les objets, la virée milanaise est un lieu d'échanges et de rencontres, entre confrères, collaborateurs ou inconnus. Les renseignements autant que les opinions s'y partagent sans retenue, s'y tissent des liens et des réseaux qui nourrissent le milieu au-delà de la semaine et des frontières.

Et, comme chaque année, on en ressort un peu saturé, mais avec l'inévitable frustration de n'en avoir vu qu'une partie. Était-ce la bonne?

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