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Les lecteurs préfèrent le Web

Sara Quinn

Contrairement à la conception populaire, les lecteurs sont plus attentifs sur un site Web que dans les journaux grands formats ou les tabloïds, explique Sara Quinn, directrice d'une vaste étude sur les habitudes de lecture en information.

Nommée Eyetracking the News, l'enquête a relevé les habitudes de lecture de 600 Américains dans quatre marchés. Parmi les résultats les plus étonnants, elle a démontré que le Web constitue un excellent média pour capter l'attention des lecteurs et que la forme narrative, souvent prisée en journalisme, n'est pas toujours la plus efficace.

Votre recherche a révélé que les internautes sont des lecteurs plus attentifs que ceux des médias imprimés. Pouvez-vous expliquer ce constat surprenant?
Nous avons trouvé que, en moyenne, les lecteurs sur le Web lisaient 77% du texte qu'ils avaient choisi. Cette même mesure tombe à 62% pour les journaux grands formats et à 57% dans les tabloïds. Plusieurs raisons pourraient expliquer cette situation. Sur un site Web, les gens sélectionnent une nouvelle parmi plusieurs qui se présentent à eux, contrairement aux journaux imprimés, où l'on feuillette page après page. Il y a par ailleurs généralement moins de distractions sur une page Web. On retrouve moins de publicités et l'on ne voit pas d'autres nouvelles sur la page adjacente. Les textes sont aussi généralement plus courts.

Pour les publicitaires, cela signifie que les nouvelles en ligne sont davantage efficaces. Plus une personne passe une longue période sur un site, plus elle sera exposée à la publicité en question.

Votre étude a-t-elle fait ressortir d'autres observations liées à la publicité?
Là encore, les résultats nous ont surpris. De façon générale, les publicités plus petites sont les plus efficaces. Sur le Web, les bannières - au grand dam des designers - obtiennent de meilleurs taux de visionnement que les publicités plus larges. En imprimé, les demi-pages placées près du contenu rédactionnel étaient plus vues que les pleines pages. La seule exception semble être le format publicitaire imprimé de moins d'une demi-page, moins remarqué qu'on l'aurait pensé.   

D'un point de vue rédactionnel, avez-vous identifié des formats qui captent l'attention des lecteurs?
Nous avons pris une nouvelle sur la grippe aviaire qui contenait beaucoup de données objectives. Nous en avons fait un premier texte narratif, une autre version narrative, mais qui incluait des graphiques, puis une dernière, sans structure narrative, qui présentait l'information sous forme de questions et réponses, tableaux de chiffres, cartes, etc. Ce dernier type de nouvelle, sans présentation narrative, était celui qui facilitait le plus la rétention d'information. On parle d'une hausse de 34% sur les autres formes. Et les lecteurs étaient très attirés par ce genre de contenu.

Cette approche ressemble beaucoup au journalisme visuel. Croyez-vous que les publications devraient favoriser cette approche?
Tout dépend du type d'information. Dans cet exemple, on parlait d'information très objective. Pour les sujets plus émotionnels ou qui racontent une série d'événements, la narration peut s'avérer plus appropriée. Cela dit, l'étude démontre clairement que le modèle du journalisme visuel est sous-utilisé. Parmi les quotidiens étudiés, ce type de présentation ne constituait que 4% du contenu. Pourtant, dans un monde où les consommateurs ont accès à une multitude de médias, les quotidiens ont besoin de se démarquer.

Sara Quinn sera conférencière à la Journée-conférences Infopresse sur les médias imprimés le 12 mars prochain. Pour plus d'information sur cet événement, cliquez ici. L'horaire complet des conférences est disponible ici.

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