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Comment faire dessiner un cheval par un comité

Pour James Surowiecki, auteur du best-seller "The Wisdom of Crowds", les entreprises peuvent utiliser l'intelligence collective de divers groupes afin de résoudre des problèmes et prendre des décisions. Citant des exemples qui incluent Google, Microsoft et la Bourse, il explique pourquoi et comment mobiliser l'intelligence collective au sein d'une organisation ou sur le Web.

Comment résumeriez-vous le concept de "The Wisdom of Crowds?", et pourquoi avez-vous trouvé important d'écrire un livre sur ce sujet? 
L'idée de base est simple: les gens, collectivement, peuvent faire preuve de beaucoup d'intelligence. Je cite, à l'appui, plusieurs cas où un groupe de personnes, collectivement, arrive à de meilleurs résultats que le plus compétent des experts de ce groupe. Et les gens, collectivement, peuvent prendre de meilleurs décisions qu'individuellement. Je suis arrivé à cette idée en m'intéressant au marché boursier. La Bourse constitue un bon exemple de sagesse collective. Ce n'est pas parfait. Mais c'est quand même très difficile, même pour l'expert le mieux renseigné, de faire mieux que le marché. Quand on met les résultats ensemble, c'est mieux que même le meilleur des experts.

Quel est le meilleur exemple que vous citeriez pour illustrer votre théorie?
C'est celui que je cite d'entrée de jeu dans mon livre, qui est tout simple et qui remonte à une observation d'un scientifique, à une foire agricole en Angleterre, en 1906! Il y avait un concours, où l'on demandait aux gens d'évaluer le poids d'un boeuf. En faisant la moyenne de toutes les estimations, il a constaté que, collectivement, les participants s'étaient trompés d'une livre. Individuellement, personne n'était arrivé aussi près. Il y a aussi le cas du Scorpion, un sous-marin américain égaré dans l'Atlantique Nord en 1968. Un officier de la marine l'a retrouvé en sollicitant et en colligeant les opinons et les estimations d'experts de disciplines très diverses. 

Existe-t-il des entreprises qui appliquent et qui exploitent ce principe?
En général, les entreprises ne font pas un si bon travail pour exploiter la sagesse collective. C'est d'ailleurs ce qui m'a motivé à écrire mon volume. Il existe beaucoup de connaissances et d'intelligence dans les organisations, et il y aurait beaucoup à gagner en l'utilisant mieux. Et puis, des choses intéressantes se font quand même depuis cinq ou six ans. L'entreprise pharmaceutique Eli Lilly en est un exemple, Hewlett-Packard aussi. Et Google représente sans doute le meilleur exemple. Régulièrement, ils invitent les gens à voter sur 200 ou 300 questions qui concernent l'entreprise. Microsoft mène également des essais dans ce sens. En fait, pas mal de choses se produisent, mais souvent encore très expérimentales. Ce qu'il y a de bien, mais de difficile en même temps, c'est que tout cela demande beaucoup de changements et de remises en question dans les organisations.

Comment conciliez-vous le principe de "The Wisdom of Crowds" avec l'échec d'à peu près tout le monde de prédire la récente crise de la Bourse, liée à la crise de l'immobilier et du papier commercial?
Je me suis penché, entre autres, sur le cas des fameuses bulles boursières. Ce qui arrive dans ces cas-là est une parfaite illustration de ce qui se produit quand les gens perdent leur indépendance d'esprit. On n'a plus l'opinion de gens de façon indépendante. Ils ne se demandent  plus "Combien je pense que ceci vaut?", mais "Combien tout le monde peut bien penser ce que vaut ceci? ". On ne se dit plus: "Cette maison vaut tant, d'après moi", mais  "Combien tout le monde pense qu'elle vaut, combien pourrais-je la vendre?". Pour tirer parti de ce principe, il faut préserver l'indépendance des idées et des opinions.

Vous connaissez le fameux adage "Un chameau est un cheval dessiné par un comité".  Et vous  prônez quand même le recours aux comités...
Les "chameaux" viennent du fait que la façon de prendre des décisions en groupe dans les organisations n'est pas très bonne au départ. Nous ne sommes vraiment pas organisés pour profiter de la sagesse des groupes. Ce qui se passe souvent dans les réunions, c'est qu'on s'arrange pour limiter les dissensions et pour chercher le plus possible le consensus. On a des dynamiques où quelques personnes, voire une, influencent la discussion. C'est de là, en bonne partie, que viennent les "chameaux". Il faut trouver de meilleures façons de collecter l'information. On doit, entre autres, créer des environnements qui encouragent la diversité d'opinion.

James Surowiecki, journaliste économique au New Yorker, est l'auteur de The Wisdom of Crowds, qualifié par Forbes.com d'"un des meilleurs livres d'affaires de l'année". James Surowiecki est aussi reconnu pour ses contributions dans de nombreuses publications renommées, comme The New York Times, The Wall Street Journal, Foreign Affairs, Artforum, Wired et Slate. Il sera l'un des conférenciers-vedettes de la Journée Infopresse360, intitulée "Les nouveaux modèles d'affaires: comment bâtir des concepts d'affaires participatifs". La Journée-conférences, qui se tiendra à Montréal le 27 février prochain, permettra aussi d'entendre Bernard Girard, auteur de "Le modèle Google". Pour plus d'information ou pour vous inscrire, cliquez ici.

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