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Lettre aux designers graphiques du Québec

Pierre Léonard, président de la Société des designers graphiques du Québec (SDGQ), invite les designers à s'engager pour leur profession en devenant membres de l'association et en prenant la parole lors de l'assemblée annuelle du 13 juin.

Chers amis et collègues,

Depuis quelques années, une petite ligne accompagne le logo de la SDGQ: "Pour l'avancement du design graphique". Je veux aujourd'hui vous entretenir de l'état d'avancement de notre profession.

Saviez-vous que l'Institut de la statistique du Québec évaluait en 2004, à environ 15 000 le nombre de personnes se déclarant designer graphique au Québec, soit le plus important groupe de travailleurs de l'industrie du design, bien au-delà des designers industriels (3500) et des architectes et techniciens en architecture (5000)? Ce chiffre important pose une question. Sommes-nous vraiment 15 000 professionnels qui répondons aux exigences et aux standards qu'impose notre pratique? Tout dépend, bien entendu, à qui l'on s'adresse.

Saviez-vous que d'après l'enquête sur la rémunération que mènent conjointement tous les deux ans la SDGQ, la RGD Ontario et la GDC, 50% des designers graphiques participant à l'étude affirmaient, en 2005, ne pas avoir complété de programmes d'études spécialisées de trois ans ou plus? Que le tiers des designers graphiques au Canada déclarent des revenus annuels de 30 000$ ou moins? Qu'une grande partie d'entre nous facture des honoraires se situant de 20$ à 40$ de l'heure et que la moyenne nationale se situe à 45$?

Voilà, en quelques chiffres, un aperçu peu reluisant de la situation. Rien là-dedans ne fait état de critères qualitatifs. Nous savons cependant que le design graphique québécois, de par la performance de certains bureaux très talentueux à des concours canadiens et internationaux, rayonne bien et parfois très bien. Mais est-ce là une véritable mesure ou la seule mesure de la reconnaissance de notre savoir-faire? Les chiffres précédents sur la rémunération semblent nous indiquer que non.

Il existe un fossé énorme à mes yeux entre les designers et ceux qui ont recours à leurs services. Et cela pose la question fondamentale de la finalité. Nous pouvons pérorer à l'infini mais, en bout de piste, le design graphique sert à quoi? Existe-t-il un consensus là-dessus parmi nous? Sinon, comment pouvons-nous infléchir des directions aux programmes de formation prodigués dans les collèges, universités et écoles privées? Comment pouvons-nous, de façon non subjective, décréter que quelqu'un est apte à revendiquer le titre de designer graphique? Ces questions ne sont pas l'unique lot des designers graphiques, mais interpellent l'ensemble des praticiens du design, toutes disciplines confondues, ici et ailleurs. Comment pouvons-nous agir sur cette situation?

Depuis juin 2002, année où j'ai accepté la présidence de la SDGQ, son conseil d'administration a mis grand soin à rétablir et à entretenir des liens de confiance avec l'ensemble des acteurs de notre communauté, leaders d'opinions, principales institutions d'enseignement, grands bureaux, organismes de promotion, éditeurs, représentants gouvernementaux, associations de designers graphiques au Canada (RGD Ontario, GDC) et dans le monde (Icograda), associations de designers des autres disciplines du design par la création de la Conférence interdisciplinaire en design du Québec (CIDQ) et, finalement, avec l'ensemble des intervenants en communication par notre participation au Conseil de l'industrie des communications du Québec (CICQ).

Ce réseau d'influence, que les membres du CA de la SDGQ ont patiemment tissé et mis en place, représente un levier extraordinaire pour l'avancement de notre profession.

J'aimerais ici ouvrir une parenthèse pour rendre hommage à ces gens qui se sont mis si généreusement au service de leurs collègues et de notre communauté pour nous mettre en position de prendre enfin notre place au soleil. Prendre notre place au soleil, en effet, parce que je crois que les conditions n'ont jamais été aussi favorables pour faire bouger les choses. Professionnels, gouvernements et personnes influentes n'ont jamais été aussi près et prêts pour entamer une démarche concrète et concertée de développement de nos professions et de notre industrie.

À la veille de grands changements dans la dynamique de notre petit monde du design, ce dont la SDGQ a besoin aujourd'hui plus que jamais, c'est de l'engagement des designers graphiques. Un engagement très simple qui se déploie en deux volets. D'abord, devenir membre de votre association, car c'est ainsi et seulement ainsi que nous aurons les moyens financiers et humains de réaliser de grandes choses à la hauteur de nos aspirations. C'est aussi le membership qui donne toute la légitimité à nos actions. Ensuite, prendre la parole dans l'intention d'obtenir des professionnels une vision commune, un discours cohérent et un certain consensus sur la finalité de nos gestes professionnels.

Cela n'exclut pas le choc des idées, bien au contraire. Il s'agit plutôt de faire la part entre ce qui nous unit et ce qui provoque nos divergences, de façon à prendre des positions nettes et éclairées qui engageront notre avenir.

C'est dans ce climat de changement et cet esprit d'ouverture que je vous invite prestement à venir vous informer et vous exprimer lors de notre assemblée générale annuelle, le mercredi 13 juin à Montréal, au Centre de design de l'Uqam. Un forum de discussion se tiendra en fin d'assemblée sous le thème "Rêveurs ou réalistes", prélude aux grands échanges à venir dans notre industrie et notre communauté au cours de l'année.

Vous ne pouvez pas être absent de cette démarche. Si vous ne vous occupez pas de vos affaires, les autres le feront.

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