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Un bal et deux grands architectes

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Le Centre canadien d'architecture (CCA) avait promis une "Soirée Phyllisienne" pour rendre hommage à Phyllis Lambert, elle le fut; agrémentée d'un décor impressionnant et de prestigieux invités. Cette soirée, avant tout une collecte de fonds pour le CCA, doit être mémorable sans être démesurée. Elle a permis cette année de réunir 800 000$, surpassant le montant des bals précédents. Elle est toujours mise en relation avec l'exposition majeure de l'année ou un événement important de la vie de l'institution. Cette année, le fait saillant était les 80 ans de Phyllis Lambert. L'événement a donc été placé sous le signe de la fondatrice et directrice de CCA.

L'architecte Benoît Dupuis a imaginé pour lui rendre hommage un décor très graphique, moderne et constitué de 80 tubes lumineux disposés au centre de la tente. Au fil de la soirée, ces tubes s'illuminaient de couleurs différentes jusqu'à devenir un vrai spectacle lumineux animant les danseurs. Au centre de chaque table, ce même tube trônait, remplaçant avantageusement la sempiternelle composition florale, surplombé d'une petite cabane à oiseaux rose.
En guise de prélude et avant d'entrer dans la salle, les invités était conviés à une séance d'empreintes de leurs mains à l'aide de peinture rose, laissant ainsi un message personnel à Phyllis Lambert. Piqués sur la pelouse, 80 petits panneaux numérotés livraient 80 choses à savoir sur sa vie et sa carrière.

Parmi les 600 personnes présentes, se trouvaient de nombreuses personnalités: les coprésidents d'honneur, Henri-Paul Rousseau, président et chef de la direction de la Caisse de dépôt et placement du Québec, et Pierre Pomerleau, président-directeur général de Pomerleau; le maire de Montréal, Gérald Tremblay; celui de l'arrondissement Ville-Marie, Benoît Labonté; le musicien Oliver Jones, qui a offert une prestation; et la comédienne Mireille Deyglun, animatrice de la soirée. Sans oublier de nombreux architectes, dont l'Américain Peter Eisenman et le Hollandais Rem Koolhaas.

Le maire de Montréal a annoncé la création d'une bourse Phyllis Lambert, remise annuellement à un créateur de la relève afin de souligner l'excellence en architecture et en design. Tous les détails concernant cette initiative seront révélés cet automne.

Sous le même chapiteau, se sont retrouvés le lendemain des centaines d'étudiants et amateurs d'architecture pour entendre Peter Eisenman et Rem Koolhaas. Autour du thème de l'urgence, ils ont chacun fait l'état des lieux de l'architecture contemporaine et exprimé leurs craintes quant à son avenir.

Incisif et ironique, Rem Koolhaas prédit la mort des architectures emblèmes par surdose d'extravagance et de spectaculaire (tout en convenant participer à sa façon à cette surenchère). À l'appui, il présentait en image un panorama éloquent de toutes les extravagances architecturales des dernières années réunies dans une même ville imaginaire. L'image n'est pas si fantasque que ça, car elle préfigure ce qui se produit à Dubaï, par exemple. Peter Eisenman appuie cette crainte, mais affirme qu'il y a moyen de dire non. Lui-même refuse tout projet en Chine. Pour décrire sa vision d'une architecture plus sociale et moins hautaine (au sens propre comme au figuré), il a longuement présenté son projet de Cité de la culture de Galice qu'il construit à Saint-Jacques de Compostelle, en Espagne.

Une discussion entre les architectes étayée de quelques interventions de Phyllis Lambert a permis à chacun d'exprimer des points de vue assez différents. Peter Eisenman a affirmé que le 11 septembre avait radicalement changé l'idée de l'architecture, Rem Koolhaas a rétorqué que non et que c'était là une vision américano-centriste du monde. Pour lui, l'architecture moderne se construit en Asie sur d'autres bases et d'autres valeurs que celles du monde occidental. Ont suivi quelques questions du public auxquelles ni l'un ni l'autre n'ont vraiment répondu, soit parce qu'ils ne les comprenaient pas, soit parce qu'elles ne les concernaient pas. Néanmoins, entendre ces deux personnalités parler d'architecture fut très inspirant, et on ne peut que féliciter le CCA d'une telle initiative qui confirme et renforce son rôle dans sa communauté.

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