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Quatre questions à Daniel Giroux

Le secrétaire général du Centre d'études sur les médias de l'Université Laval, Daniel Giroux, explique les enjeux liés à la crise actuelle du Fonds canadien de télévision (FCT), alors que Quebecor, après Shaw, a décidé de suspendre sa contribution.

Quelle est la fonction du FCT?
Il a été créé pour soutenir la création de contenu canadien sur nos ondes. Puisque les marchés canadien et québécois sont restreints, les créations d'ici ont besoin d'un financement extérieur. Le FCT est financé par le gouvernement fédéral, les câblodistributeurs, les diffuseurs par satellite et Téléfilm Canada.

Pourquoi cette crise survient-elle maintenant?
La situation de Quebecor est différente de celle de Shaw. Ce dernier ne distribue pas de contenu, comme Quebecor avec TVA. Le problème vient du fait que TVA produit peu d'émissions qui entrent dans les catégories financées par le FCT: documentaires, dramatiques, émissions pour enfants ainsi qu'émissions de variétés et arts de la scène. TVA reçoit donc peu de soutien financier du FCT. Quebecor souhaite aussi que Radio-Canada, son principal concurrent, reçoive une part moins importante en raison des subventions déjà allouées. De plus, TVA aimerait que sa filiale de production, JPL, puisse bénéficier de ce financement, ce qui lui est interdit pour l'instant, car le FCT soutient les producteurs indépendants.

Les nouveaux médias aggravent-ils le problème de financement?
La plupart des gens donnent raison à Quebecor sur ce point, il est nécessaire de reconsidérer l'allocation des fonds en fonction de la montée des nouveaux médias. Toutefois, il n'était pas nécessaire de suspendre le financement pour convaincre le FCT d'en discuter. D'un autre côté, il sera difficile d'inclure les nouveaux médias dans l'équation puisque le FCT est déjà sollicité par un nombre grandissant de chaînes qui se spécialisent justement dans les domaines financés par le FCT, comme les documentaires et les émissions pour enfants.

Quelles seront les conséquences si l'impasse persiste?
Tout d'abord, j'ai été surpris d'entendre Bev Oda [ministre fédéral du Patrimoine] affirmer qu'elle comprend les doléances des distributeurs, plutôt que de les rappeler à l'ordre sur leur obligation de contribuer. À court terme, cette absence de fonds met en péril des productions en cours. Si la situation dure, Radio-Canada risque d'être le plus grand perdant, et la qualité de sa programmation pourrait en souffrir. D'un autre côté, TVA souffre aussi de revenus en baisse en raison de la fragmentation de l'auditoire, qui mine ses revenus publicitaires.

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