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Le Fouquet's, palace paradoxe

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C'est ce qu'on appelle un palace, le summum du luxe de l'hôtellerie, c'est le septième de Paris, le Fouquet's vient d'ouvrir sur les Champs Élysées, encadrant le célèbre restaurant dont il tire son essence et son inspiration.

À l'intérieur, Jacques Garcia, designer des vedettes et adepte des espaces luxuriants combinant les époques et les styles, signe le décor qui mêle extravagance et luxe à la française. Les murs sont revêtus de cuir brodé, les canapés Louis XV s'habillent de skaï doré, alors que des pampilles de verre géantes ornent la réception.

La débauche de matériaux luxueux présente dans tous les espaces publics (lobby, restaurants, salons) comprend une foule de textures, motifs et couleurs, juxtaposés parfois avec incohérence. Le calme revient cependant dans les chambres, qui adoptent avec justesse un style plutôt délaissé, celui des années 40, avec un sobre mobilier, des panneaux d'acajou, une tête de lit capitonnée, le tout dans les teintes douces or, cuivre ou écaille. La salle de bain aussi, revêtue de marbre noir, fait preuve d'une sobriété toute masculine.

La plupart d'entre nous ne franchiront jamais la porte de cet établissement, ce qui n'empêche pas de venir voir son extérieur, lequel, par contraste, offre peut-être ce que le palace a de plus intéressant.

L'architecte Édouard François a eu pour premier mandat d'unir les sept immeubles de l'îlot composant l'hôtel, pour les donner à lire comme un tout. Il est formé de trois haussmanniens authentiques du XIXe siècle, dont l'immeuble du Fouquet's, suivis d'un pastiche 1980 néo-haussmannien, dessiné par un grand prix de Rome, puis d'un autre pastiche 1980 du même architecte, mais cette fois néo-Louis Philippe, d'une ex-banque 1970 avec façade rideau en verre fumé et d'un petit bâtiment coincé entre tout cela, puis démoli pour y loger une tour de services.

La conception architecturale relève de la procédure anglo-saxonne dite «shell & core». «Shell», c'est la volumétrie extérieure, les façades et leur mise en lumière, les aménagements paysagers. «Core», c'est le fonctionnement général de l'hôtel, l'organisation et la définition des espaces limités au cloisonnement primaire. Les intérieurs: matières, épaisseurs, ambiances et mobiliers relèvent de la décoration.

Dans ce cadre, Édouard François a travaillé à la fois à ce qu'il appelle une «architecture du service» pour les 350 employés du palace et à ce qu'il appelle la musique, jouant du rythme incohérent de l'ensemble des bâtiments entre pastiches et authentiques haussmanniens. Les trous à boucher seront donc, hommages et (ou) commentaires irrévérencieux envers le travail déjà accompli, avec des têtes de lion, des anges, des corniches moulées en béton et coupés nettement, afin d'ajuster l'haussmannien à sa nouvelle parcelle.

Et comme il y a bien une vie derrière cette mascarade, on y a coupé des fenêtres rectangulaires, littéralement trouées dans le décor. Enfin, il y a le jardin, un ensemble d'espaces libres que seule la démolition des murs de fond de parcelles réunit. Une forêt de 8000 branches d'acier suspendues encadrent un jardin de mousses fluorescentes.

Cet hôtel, aussi luxueux soit-il, est très déroutant, car doté de personnalités multiples, voire opposées. À voir cependant, en prenant bien soin de faire le tour du bloc!

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