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Fusion Suez-GDF: la guérilla parlementaire

137 449 amendements dont on nous rabâche les oreilles: il s'agit de "LA bataille parlementaire" de la rentrée.

Lancé le 25 février dernier par le Premier ministre, Dominique de Villepin, le projet de fusion entre Suez et GDF s'est, dès le départ, attiré les foudres de l'opposition et de certains hommes politiques issus de la majorité parlementaire.

À l'époque, l'objectif du projet était de contrer une éventuelle OPA de l'Italien Enel sur Suez.

L'accalmie estivale n'a pas apaisé les esprits, ni le débat médiatique. La presse a passé en revue les arguments des uns et des autres. "Fusion nécessaire" pour les défenseurs du projet, "dangereuse" pour ses détracteurs. À travers leurs discours repris dans les médias, les leaders politiques de gauche et de l'UDF ont dénoncé le projet industriel, estimant qu'il allait à l'encontre des intérêts de l'entreprise, des salariés et des Français et évoquant les conséquences qu'aurait, à leurs yeux, cette privatisation: hausse des prix, mission du service public remise en cause, sécurité d'approvisionnement menacée, et pour finir destabilisation d'EDF.

Au-delà des querelles politiques, les médias ont souligné que la question énergétique et ses conséquences géopolitiques devaient être posées et débattues au niveau national. Elle a par ailleurs rappelé le coût des investissements dans ce secteur fortement concurrentiel et le choix fait par certains pays voisins. Or, le débat tant attendu, par l'opposition elle-même, semble être fort compromis puisque le 7 septembre dernier, cette dernière a déposé quelque 137.000 amendements paralysant le débat parlementaire, une première sous la Vè République. Une situation qui risque même de pousser le gouvernement et la majorité à utiliser l'article 49.3 d'ici fin septembre. Certains titres ont interpellé leurs lecteurs sur le fait que le nombre d'amendements, parfois qualifié de ridicule, aurait ainsi l'effet contraire. Ils ont indiqué dans le même temps qu'il s'agissait d'un effet en trompe-l'oeil, expliquant que certains amendements étaient parfois quasi-identiques, s'interrogeant sur les procédures mises en oeuvre pour ralentir le débat parlementaire sur la question.

Dans ce débat médiatique, l'UMP a, pour sa part, fait valoir la nécessité de renforcer le poids de la France dans le secteur de l'énergie en pleine mutation pour contrer les concurrents étrangers, notamment le Russe Gazprom et a dénoncé, début septembre, le "caractère politicien" de l'affaire empêchant tout débat.

En août, la presse a rapporté les griefs de la Commission européenne relatifs au projet de fusion. Début septembre, elle a fait état de la "lettre d'observations" adressée par Gérard Mestrallet et Jean-François Cirelli, présidents de Suez et de Gaz de France, qui ont contesté point par point les griefs de Bruxelles.

Alors que le débat était lancé à l'Assemblée, les médias ont relevé un autre enjeu de taille pour les députés. Car en admettant qu'il puisse y avoir un débat parlementaire, ces derniers devront se prononcer sur un projet industriel dont les contours sont encore soumis à la décision de Bruxelles qui ne sera rendue publique que fin octobre ou mi-novembre. La presse a précisé que le nouveau groupe - s'il naissait - devrait céder des actifs pour des questions liées à la concurrence. Dans leur lettre, les présidents n'ont toutefois pas précisé les contreparties qu'ils seraient prêts à consentir pour obtenir l'agrément de Bruxelles.

La partie est loin d'être jouée d'un côté, comme de l'autre.

Sylvie Testard-Ramirez, directeur général d'Echo Research France

Analyse et commentaire réalisés par Echo Research : www.echoResearch.com sur la base de 530 articles parus dans la presse quotidienne nationale en ligne entre le 1er août et le 10 septembre 2006.

A gauche, le PDG de Suez, Gérard Mestrallet et Jean-François Cirelli, son homologue de GDF, à droite.
(Photos: AFP)

 

 

 

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