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Quatre questions à Isabelle Cardinal

Depuis près de 20 ans, Isabelle Cardinal roule sa bosse en publicité, et c'est justement ce milieu qu'elle a choisi comme décor pour faire évoluer les personnages légèrement névrosés de son premier roman, Vivement mon burnout!.

Infopresse: Qu'est-ce qui t'a décidé à écrire ce premier roman?
Isabelle Cardinal:
Je n'avais pas de projet de roman au départ. Au moment où je suis devenue pigiste, j'ai eu envie d'écrire pour le plaisir, dans mes temps libres, entre deux mandats de pub. J'ai été tranquillement emportée par l'histoire, sans trop savoir où ça allait, sans intention de publier. Une amie journaliste, tombée dessus par hasard, m'a convaincue de proposer le manuscrit à des maisons d'édition. La rencontre avec Monique Messier, directrice littéraire de Libre Expression, a été concluante. Elle m'a donné le goût d'aller jusqu'au bout de l'aventure.

Est-ce entièrement de la fiction ou y a-t-il du vrai? Des gens vont-ils se reconnaître?
C'est la question qu'on m'a posée le plus souvent. Je suis toujours étonnée de voir à quel point les gens sont obsédés par ce qui est vrai. Étrange époque de télé-réalité où tout le monde est rendu voyeur. Quand je réponds que c'est écrit ROMAN sur la page couverture, donc que c'est de la FICTION, je détecte souvent une vague déception sur les visages (journalistes ou autres). Ils auraient préféré l'autobiographie sanguinaire. Le règlement de compte. Ou un semblant de. Ou une parodie de. C'est plus croustillant. Cela dit, c'est certain qu'on écrit toujours sur ce qu'on connaît, qu'on est inspiré par notre environnement et par les gens qui le constituent. Comment faire autrement? Si certains se reconnaissent, tant mieux pour eux. Ou tant pis.

Et non, je ne crois pas ressembler beaucoup à mon héroïne (c'est la deuxième question qu'on me pose le plus souvent). Contrairement à elle, j'aime encore faire de la pub, je n'ai jamais été monoparentale et je ne suis pas du tout cynique.

La communauté publicitaire québécoise est-elle aussi cynique, sans scrupule et désabusée que celle dans ce roman ou est-ce pire dans la réalité?
Un ex-publicitaire m'a reproché de ne pas avoir été assez sévère dans ma description du monde de la pub. Pour lui, c'était trop gentil. C'est un autre commentaire étonnant. Comme s'il s'agissait d'un essai sociologique sur le profil des publicitaires montréalais.

Je n'ai pas écrit un livre sur la pub. Ni sur le burnout. La vision qu'en a Véronique, c'est celle d'un personnage FICTIF, qui a une vie FICTIVE, je le répète. Je ne fais pas le procès de l'industrie. C'est sans intérêt pour moi. La pub, ce n'est que le décor de l'héroïne, tout simplement. C'est juste l'histoire d'une fille en quête d'identité, de liberté. Une fille qu'on suit dans ses questionnements. Elle aurait pu évoluer dans n'importe quel autre milieu (il y a des burnouts partout). Et je ne crois pas que le cynisme, le manque de scrupule et le désabusement soient propres à la pub. C'est bien plus une époque qui est décrite, si l'on tient absolument à chercher la critique sociale. J'ai des amis en finance, en éducation et en droit qui se reconnaissent tout à fait dans l'univers de Véronique.

Sur quoi portera ton second roman?
Pas de pub, pas de burnout, un personnage masculin. Comme ça, on risque moins de me demander si c'est moi et si c'est vrai.

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