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Les deux solitudes

Les relationnistes et les journalistes du Québec ont des conceptions divergentes de leurs rôles respectifs, et s'accusent mutuellement de nombreux manques à l'éthique. C'est ce qui ressort d'une étude dont les grandes lignes ont été dévoilées récemment par le Centre d'études CNW Telbec sur les relations de presse de la Chaire en relations publiques de l'UQAM et dont la version complète sera rendue publique cet automne.

Le document met en parallèle deux sondages menés chez les journalistes et les relationnistes, respectivement en 2005 et 2006, afin d'évaluer l'appréciation de ces groupes l'un envers l'autre. Dans chaque camp, près de 30% des participants se disent insatisfaits ou peu satisfaits de leurs relations avec leurs vis-à-vis.

Fait troublant, les membres de deux professions s'accusent mutuellement de nombreux manques à l'éthique. Les représentants des deux domaines déplorent ces gestes répréhensibles dans une proportion similaire, soit près de 70%. Parmi les journalistes ayant spécifié leurs récriminations, 58% affirment avoir été témoins de "manipulation, mensonge, manque de transparence, désinformation" de relationnistes. De plus, un journaliste sur cinq prétend avoir eu connaissance d'offres de pots-de-vin et autres avantages.

Les relationnistes, pour leur part, affligent de fautes moins graves les professionnels des médias. En tête des reproches, on retrouve le non-respect des personnes, de la hiérarchie et des embargos, ainsi que le refus de publier et la désinformation. La paresse et les lacunes professionnelles sont aussi déplorées.

Toutefois, l'agente de recherche pour l'étude, Judith Goudreau, met un bémol sur ces résultats. "Quand on creuse un peu les réponses, on s'aperçoit que les deux parties se reprochent sensiblement les mêmes choses", dit-elle. De plus, ajoute-t-elle, une revue de la littérature scientifique sur le sujet démontre que les relations entre les deux groupes sont généralement meilleures au Québec qu'ailleurs en Occident.

Malgré cela, moins d'un relationniste sur deux estime que les journalistes contribuent à l'atteinte de ses objectifs. De leur côté, seuls 43% des journalistes pensent que les professionnels des relations publiques facilitent l'accès à l'information.  

Pour Robert Fournier, directeur du Centre d'études CNW Telbec, ces perceptions conflictuelles sont le reflet d'une méconnaissance des rôles des professions respectives. "Il existe un climat de méfiance des journalistes envers le travail des relationnistes", a-t-il expliqué lors du dévoilement de l'étude. Pourtant, les relationnistes considèrent que leurs bons contacts avec les médias sont essentiels, particulièrement en période de crise. Les journalistes, eux, se disent trop sollicités et estiment que le travail des relationnistes vise d'abord la promotion de leur organisation.

Robert Fournier en conclut que ces tensions nuisent à l'efficacité des relations entre les deux groupes. Il estime qu'ils auraient avantage à mieux connaître le travail de l'autre afin de trouver des terrains d'entente. Entres autres pistes de réflexion, le sondage montre que les journalistes moins sollicités expriment un degré de satisfaction plus élevé envers les relationnistes.

Une présentation de l'étude est disponible en cliquant ici.

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