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Quatre questions à Martin Beauvais

Martin Beauvais explique les raisons, les espoirs et les craintes derrière sa décision de mettre le cap sur Toronto pour aller diriger les créatifs de l'agence Zig. Que les Torontois se le tiennent pour dit, l'ex-directeur de création de BBDO Montréal n'entend pas renier le Québécois en lui, au contraire...

Pourquoi ce changement?
C'est une très bonne question! Je ne suis pas en "middle life crisis", mais je vais avoir 40 ans cette année, et c'est normal de s'arrêter un peu pour réfléchir et faire le point sur où l'on s'en va dans la vie et qu'est-ce qu'on veut encore accomplir.

Je suis en gars de projets, et chez BBDO, j'avais vraiment l'impression que mon projet était réalisé. L'idée de bouger me trottait dans la tête depuis un petit bout de temps. BBDO vient de gagner le grand Créa avec le lait, ma réputation est bonne. Alors, ça me semblait un bon moment pour agir.

Je me suis fait approcher par plusieurs agences, dont Zig, pour qui j'ai énormément de respect. C'est une petite agence qui a de grandes marques comme Ikea et Virgin. Je suis un gars de grandes marques, ça ne m'intéresse pas de créer pour des salons de coiffure ou des magasins de sushi. Le vrai défi, c'est de réussir des bonnes campagnes pour des grands annonceurs.

Pourquoi Toronto?
C'est plutôt à cause de l'agence que de la ville. Je ne voulais pas aller vivre à Toronto. J'adore Montréal, je suis bien ici, moi et ma femme, une Anglaise d'Angleterre, sommes très attristés de quitter Montréal. D'un autre côté, je connais bien Toronto, parce qu'en étant chez BBDO, j'y suis souvent allé pour travailler à des projets avec notre bureau torontois.

Un Québécois va diriger la création d'une agence à Toronto. Crains-tu les réactions négatives?
J'ai beaucoup posé la question avant d'accepter, et d'après les commentaires que j'ai entendus, je m'attends à ce qu'il y ait certaines réactions comme ça. Mais je suis comme je suis, avec mes façons d'être, de parler avec mes mains tout le temps, et je n'ai pas l'intention de changer.

C'est sûr qu'ils sont sur un autre rythme là-bas, ces gens-là ne sortent pas dîner le midi, ils restent devant leur ordinateur à manger des graines et boire du thé vert. Il y a une grosse pression sur la performance. Comme j'ai dit, je n'ai pas l'intention de changer. Alors, je vais me trouver un petit café près de l'agence pour aller prendre un verre de rouge le midi avec les créatifs. J'ai bien l'intention d'apporter ma différence avec moi, mais je m'attends à ramer à contre-courant pendant quelques mois.

Te vois-tu comme un exemple à suivre?
C'est une maudite bonne affaire qu'un Québécois devienne directeur de création à Toronto, surtout qu'il y a une pénurie de talents et de nouvelles faces là-bas. J'aimerais ça que ça fasse boule de neige. Les Québécois ne bougent pas, les gens se déplacent beaucoup moins pour leur travail qu'ailleurs en Amérique du Nord, et l'on aurait tout à gagner à le faire plus. Dans ce sens, mon départ pour Toronto, ce n'est pas du tout un rejet du Québec.

J'aimerais aussi que l'effet boule de neige se produise de l'autre côté, que ça encourage des Canadiens-anglais à venir à Montréal, d'autant plus qu'ils trouvent généralement que notre ville est plus créative et qu'on y a plus de plaisir qu'à Toronto. Ils ne regardent pas du tout Montréal de haut.

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