La référence des professionnels
des communications et du design

Retour sur la Journée télévision

La journée s'est déroulée devant plus de 400 personnes.

La Journée-conférences Infopresse sur l'avenir de la télévision a ramené sur la place publique une profonde remise en question des modèles établis, poussant même Pierre Karl Péladeau à évoquer le spectre d'un "tsunami" prêt à s'abattre sur la télévision québécoise.

"L'industrie de la télévision dispose de cinq à sept ans pour se préparer aux grands changements qui déconstruiront la structure des revenus", a lancé d'entrée de jeu Alan Sawyer, expert, médias et divertissement, d'IBM Consulting Services. Prenant à témoin le succès du iPod, Alan Sawyer croit que l'industrie doit expérimenter des solutions innovatrices pour répondre aux nouvelles habitudes de consommation dans un univers où la télévision migre vers Internet et les téléphones sans fil.

Selon le panel d'experts médias qui a suivi, le grand bouleversement se fera légèrement moins vite au Québec, mais il demeure inéluctable. "Réveillons-nous, mais pas de panique avec la télé", a tempéré Pierre Delagrave, président, médias, recherche et services interactifs, du Groupe Cossette Communication. Selon lui, si les nouvelles technologies rendent le consommateur mieux armé pour éviter la publicité, il n'en tient qu'aux créatifs et aux planificateurs médias de se relever les manches. "La fréquence de la publicité est abusive. Il faut respecter le consommateur en lui offrant plus de fraîcheur et davantage de qualité."

"Notre industrie ne meurt pas, elle évolue, a enchaîné Patricia Heckmann, vice-présidente exécutive de Carat. La pub à la télé va toujours être présente, mais sa raison d'être va se métamorphoser, passant d'une fin en soi à un conduit pour des plates-formes plus élaborées. Le message de 30 secondes va devenir un portail de 30 secondes."

Alain Desormiers, président de Touché! PHD, a souligné pour sa part que son agence se faisait maintenant une règle d'investir 25% des budgets médias de ses clients dans des médias non traditionnels. "Le plus grand défi des diffuseurs, c'est de recapturer les dollars qui s'éparpillent", a-t-il dit. Pour illustrer la fragmentation des auditoires, il a rappelé que la cote d'écoute moyenne des 10 émissions les plus regardées au Québec avait chuté de 25% en huit ans. "Ça annonce un marché de la télévision fragilisé, ce qui peut avoir un effet pervers sur la qualité de la programmation. Et à partir de là, cet effet pervers peut devenir un cercle vicieux."

Dans ce contexte, le grand patron des services français de Radio-Canada, Sylvain Lafrance, a insisté sur la nécessité pour la télévision généraliste d'investir dans une programmation qui touche le plus grand nombre de gens possible. Il a ajouté que Radio-Canada s'était certes doté d'une multiplicité de plates-formes de diffusion, mais celles-ci doivent pouvoir bénéficier de l'effet locomotive d'une antenne généraliste. "La télévision généraliste crée des grandes marques rassembleuses, et il faut que ça demeure, a-t-il dit. Nous pouvons inventer des nouvelles formules pour que tout le monde en ait pour son argent."

Pierre Karl Péladeau, pdg de l'empire Quebecor, s'est fait encore plus direct. "Est-ce qu'on peut véritablement freiner un tsunami? Moi, je n'ai pas trouvé la recette. Même les plus puissantes organisations, comme les studios d'Hollywood, ne sont pas blindées contre la puissance de la technologie, à propos de laquelle nous n'avons probablement rien vu encore."

Pour préserver la télévision généraliste, Pierre Karl Péladeau propose un profond changement dans le système actuel. Pour niveler les chances contre les télévisions spécialisées, passées de 13% à 33% de l'écoute globale au Québec depuis 1998, TVA devrait pouvoir aussi toucher une redevance comme ces dernières, a-t-il notamment plaidé. Pierre Karl Péladeau a aussi indiqué le besoin pour TVA d'accroître la quantité de production à l'interne, et, à cette fin, d'avoir accès aux mêmes crédits d'impôts que les producteurs indépendants.

Reprises dans la plupart des grands médias au Québec et au Canada anglais, les déclarations de Pierre Karl Péladeau ont fait couler beaucoup d'encre depuis. Dès le lendemain, l'Association des producteurs de films et de télévision du Québec s'élevait contre les projets de Quebecor, soulignant que les diffuseurs disposent déjà d'avantages concurrentiels importants envers les producteurs, dont l'accès aux revenus publicitaires et le pouvoir absolu de déterminer ce qui passe à l'écran ou pas.

Avant même de quitter le Centre Mont-Royal mercredi dernier, Pierre Karl Péladeau leur répliquait déjà: "Si ultimement, les diffuseurs n'ont plus les moyens d'acheter les émissions des producteurs indépendants, ces derniers vont-ils s'en trouver mieux?"

comments powered by Disqus