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Ca résonne: it's a "Small World"

Le phénomène relativement récent des blogs, consistant à publier ses émotions individuelles sur une « page perso » a pu laisser penser que le web était devenu un vecteur d'égocentrisme numérique et in fine d'individualisme, mais il n'en est rien : de nouveaux types de communautés connaissent un succès croissant sur Internet, symbole de la vivacité d'un esprit collectif.

 

Un nouveau modèle est en train de se constituer sous nos yeux. La sémantique a son importance : « blog » vient de « weblog », signifiant journal intime. Il semble que l'on soit en train de dépasser ce modèle, pour passer de la « page perso » à l'espace.

Le site MySpace.com en est la parfaite illustration. Racheté récemment par Rupert Murdoch pour 580 millions de dollars, ce site communautaire d'origine américaine revendique 40 millions de membres inscrits, et est devenu le troisième site le plus visité aux Etats-Unis, juste derrière Yahoo et MSN*. Le principe est simple : l'internaute crée son univers, diffuse ses musiques préférées, fait passer des informations. Mais à la différence d'un blog, il permet surtout de rentrer dans un véritable réseau. Les contacts de chaque inscrit sont consultables, permettant de naviguer d'espace en espace, d'univers en univers.

L'originalité de MySpace, à la différence d'autres réseaux comme Friendset.com, Friendster.com ou Tribe.net, est d'avoir su être une tribune culturelle unique. Clairement connoté rock, le site est vite devenu une aubaine pour bon nombre de groupes indépendants et d'associations, utilisant cet espace pour faire découvrir leur musique ou promouvoir des événements. MySpace surfe d'ailleurs sur cette tendance puisqu'il vient de lancer son propre label, MySpace Records.

Mais ces types de post-blogs ne sont pas nécessairement synonymes d'ouverture et d'accessibilité : « networker » peut être un luxe. Les 75 000 inscrits du site aSmallWorld.net sont ainsi de véritables privilégiés. Créé par l'homme d'affaires Mark Wachtmeister en 1998, aSmallWorld est en passe de devenir un petit phénomène depuis cet été, lorsque le buzz a commencé à parcourir la jet-set du monde entier. A part le fait qu'il compte des stars parmi ses membres, comme Naomi Campbell, Quentin Tarantino ou Tiger Woods, la caractéristique de ce réseau est de ne pas être public : plusieurs parrainages sont ainsi indispensables pour pouvoir avoir le droit d'y créer un profil. Un rituel initiatique impitoyable.

Il faut ensuite attendre d'avoir cinq contacts afin de pouvoir soi-même inviter un ami à pénétrer dans l'espace surprotégé et très régulé de aSmallWorld. Il y est ainsi interdit d'échanger des messages avec des membres qu'on ne connaît pas, ou impossible d'échanger des messages de plus de 115 mots, pour éviter tout échange superflu, qui diluerait le réseau.

aSmallWorld permet ensuite d'échanger des informations sur son business, de dénicher un emploi, un logement, des adresses (un service Pages Jaunes alimenté par les inscrits y est proposé), mais également d'acheter des objets via un module de petites annonces à la eBay? Ce site-réseau porte bien son nom : une vraie ville virtuelle, un réel espace, dans lequel être reconnu compte.

Internet permet ainsi de recréer de nouvelles socialités, un réseau d'entraide ou de reconnaissance. Communauté émotionnelle à la MySpace, ou cercle de privilégiés à la aSmallWorld, il est essentiel de saisir ce qui travaille l'esprit du temps, en écoutant le bruit de ce que Machiavel nommait « la pensée de la place publique ». L'effervescence online de ces réseaux est sans aucun doute fondatrice d'une société offline en mutation.

*Source : ComScore media Metrix, in Libération, 14 décembre 2005)

 

Thomas Jamet est fondateur et directeur adjoint de Reload, The Communication Planning Agency (Publicis Groupe Media). Il analyse pour Influencia tout ce qui résonne : les tendances émergentes et leurs implications en stratégies de communication.


Post-scriptum : N'ayant (pas encore) le privilège d'avoir de profil sur aSmallWorld, voici l'adresse de mon espace sur MySpace : www.myspace.com/tomnever.

A titre d'exemple, voici l'adresse de mölten, groupe de rock parisien autoproduit : www.myspace.com/molten, ainsi que l'espace MySpace de OFF, une association rock : www.myspace.com/off_asso.

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