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La pub est en deuil

Le père de la publicité au Québec, Jacques Bouchard, est décédé hier matin, à 75 ans, des suites d'un cancer.

Le Québec lui doit notamment la création de BCP, première agence de publicité francophone d'ici, d'où sont sorties les premières grandes campagnes québécoises; la naissance du Publicité Club de Montréal (PCM); et la parution du fameux livre "Les 36 cordes sensibles des Québécois".

Une citation, tirée d'une entrevue qu'il a accordée à Infopresse il y a trois ans, résume bien sa pensée: "Les publicitaires ont écrit l'histoire des Québécois probablement comme aucun historien et aucun sociologue ne l'auraient pu."

En 1963, en pleine Révolution tranquille, Jacques Bouchard a cofondé BCP, à une époque où la plupart des agences au Québec n'étaient que des succursales d'agences anglophones.

La fondation de BCP a jeté les bases de l'industrie québécoise de la publicité grâce à sa fameuse théorie "des lits jumeaux". Selon ce principe, les annonceurs ne doivent pas s'adresser de la même manière aux anglophones et aux francophones. Ce discours, l'évidence même aujourd'hui, était à l'époque un point de vue tout à fait nouveau, que Jacques Bouchard s'est employé à vendre et défendre.

Avant de créer BCP, Jacques Bouchard avait été, tour à tour, traducteur chez Vickers & Benson, rédacteur publicitaire chez Steinberg et directeur de la publicité chez Labatt. C'est d'ailleurs alors qu'il était chez Labatt qu'il a fondé, en 1959, avec quelques collègues, le PCM, premier regroupement de publicitaires francophone en Amérique du Nord.

À la tête de BCP, Jacques Bouchard a contribué à créer les premières grandes campagnes québécoises, avec des images et des slogans dont on se souvient, à commencer par "Lui, y connaît ça", pour Labatt avec Olivier Guimond, en 1965. Suivront, entre autres: "Mon bikini, ma brosse à dents", pour Air Canada, avec Dominique Michel, "Dominion nous fait bien manger", pour Dominion, avec Juliette Huot, "Pop-sac-à-vie-sau-sec-fi-copain" pour Desjardins, avec une Marie-Josée Taillefer encore enfant, "Qu'est-ce qui fait chanter les p'tits Simard?" pour Laura Secord, et "Il fait beau dans le métro" pour la STCUM. Passionné de communication politique, Jacques Bouchard a aussi travaillé étroitement à la création de la "Trudeaumanie" à la fin des années 60.

En 1978, Jacques Bouchard publie son oeuvre phare, "Les 36 cordes sensibles des Québécois", un livre qui a fait autorité pendant des décennies. Dans ce volume, avec la collaboration du photographe Antoine Désilets, Jacques Bouchard analyse dans le détail les racines des Québécois et démontre, d'une manière presque anthropologique, notre spécificité culturelle.

En 1981, Jacques Bouchard fonde le Centre international de publicité sociétale pour promouvoir les différents types de publicités qui s'adressent davantage aux citoyens qu'aux consommateurs. Il a aussi mis sur pied en 1985 avec Yves Gougoux, actuel président et chef de la direction de BCP, le programme UQAM BCP Jr, qui a mené à la création du programme de la Relève publicitaire.

C'est aussi sous l'initiative de Jacques Bouchard et d'Yves Gougoux que le Mondial de la publicité francophone a été créé en 1987. En 1984, Jacques Bouchard avait choisi Yves Gougoux pour prendre sa relève à la tête de BCP. "Tous ceux qui ont croisé Jacques Bouchard, par amitié ou par affaires, ont toujours apprécié sa grande culture, son dévouement, sa tendresse et sa grande humilité, note un communiqué émis par BCP. Jacques Bouchard était de ceux qu'on n'oublie jamais."

Jacques Bouchard a pris sa retraite de la publicité en 1989. Il a vécu en France, où, en compagnie de son épouse, Caroline Maranda-Bouchard, il avait acheté et rénové un château dans la région de la Loire. Jacques Bouchard et Caroline Maranda-Bouchard, ont d'ailleurs tiré, de cette expérience, un ouvrage coloré et révélateur (La vie de château: splendeurs et misères de deux Québécois en France, éditions Québec Amérique, 2003).

Il a prêté son nom aux prix Jacques-Bouchard, décernés par l'Office de la langue française depuis 1998 pour souligner la qualité de la langue dans la publicité. Jacques Bouchard se retrouve aussi sur la liste des 100 personnalités québécoises qui ont marqué le XXe siècle du magazine L'actualité. Il est membre de l'Ordre du Canada depuis 1999 et il a été fait Chevalier de l'Ordre national du Québec en 2002.

De retour au Québec en 2002, Jacques Bouchard a continué de s'intéresser aux enjeux qui touchaient les communications au Québec, de même que la société québécoise dans son ensemble. "On perd la bataille du nombre, déclarait-il dans la dernière entrevue qu'il a accordée à Infopresse en 2003. Aux débuts de la publicité québécoise, on pouvait compter sur un marché équivalant au tiers de la population canadienne, aujourd'hui, on est en dessous du quart. C'est très préoccupant."

Jacques Bouchard laisse dans le deuil son épouse, sa fille Véronique, son gendre Nicolas Delforno et son petit-fils, Léon, et sa famille au Québec. BCP souligne que la famille Bouchard souhaite vivre ce deuil en privé. Ceux qui souhaiteraient faire parvenir un témoignage à Mme Maranda-Bouchard et à la famille sont invités à se rendre sur le site de BCP, www.bcp.ca, ou à le faire sous pli cacheté à l'attention de Jean-Louis Dufresne, 393 St-Jacques, bureau 900, Montréal, H2Y 1N9.

En collaboration avec BCP, Infopresse invite tous les membres du milieu des communications au Québec, qu'ils aient côtoyé Jacques Bouchard ou qu'ils aient été, dans une quelconque mesure, influencés par lui, à nous faire parvenir leurs témoignages, réflexion et commentaires en cliquant ici. Nous les publierons dans les prochaines éditions du quotidien Infopresse.

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